8
HOTELS ET MAISONS DE LA RENAISSANCE
et la bergère. Cette sculpture naïvement réaliste rappelle beaucoup celle de Jacques-Cœur. Il en est demême, à droite de la cheminée, pour le tympan de la petite porte qui fait communiquer les deux salles, oùse voit, en bas-relief, une espèce de bergerie, une pastourelle tournant son fuseau, avec son chien endormi etses moutons au parc, tandis que deux bergers luttent dans le voisinage. On a voulu voir une scène de lavie de sainte Solange dans ce tableau, qui est sans doute uniquement pittoresque.
Mais la partie capitale de l’édifice, c’est la tourelle octogonale (voir PI. XV) qui contient le belescalier à vis desservant le premier étage et le comble. Elle était jadis complétée par un étage ajouré quidominait le faitage du bâtiment principal et par suite presque toute la ville; c’était une sorte de beffroi, à côtéduquel se trouvait le logis du guetteur et l’horloge publique. Cette partie haute a dù tomber en ruines auxvm e siècle. Une corniche factice a été établie alors au niveau du sol de la salle supérieure supportant lapoivrière rabaissée; la petite vis accolée en encorbellement ne mène plua nulle part. Des débris de cet étagedisparu ont été retrouvés récemment en démolissant un mur sur la rue du Paradis où on les avait employéssans presque les retailler.
La grande vis, qui s’arrête au niveau du comble, est couverte aujourd’hui par une voûte à huitnervures avec pendentif central (voir PI. XVII i, qui rappelle beaucoup celle de l’hôtel Jacques-Cœur.Cette voûte avait dù être fort endommagée lors de la chute des étages supérieurs. Il y a une trentained’années (voir Buhot de Kersers, loc. c/7.) il ne restait plus que l’amorce des nervures convergentes avec lesculs-de-lampe; mais l’ensemble a pu être très facilement et sûrement restitué.
A l’extérieur, cette tourelle comporte une décoration abondante et originale où se retrouve, avec unpeu de recherche excessive et de lourdeur parfois, le système décoratif de l’hôtel Jacques-Cœur. La ported’entrée (voir PI. XVI ) qui sert aussi, nous l’avons vu, pour la grande salle, est surmontée d’un bas-relief oùdeux anges soutiennent l’écu de Lrance et le collier de Saint-Michel sous un baldaquin dont deux autresanges écartent les rideaux. Sur la face principale de la tourelle, qui est aveugle, une colonne en forme de troncdomine avec l’écusson de la ville attaché en sautoir et au-dessus un ange qui tient l’écu de Lrance.
Au-dessus, les deux faces principales de l’octogone sont décorées de fenêtres géminées. Maisl’évidement de ce s fenêtres eût laissé une pile trop faible à l’angle de la tourelle. Aussi l’architecte ingénieuxa-t-il cru devoir aveugler toute une série de fenêtres qui touchent à cet angle, et, se souvenant du procédéemployé par l’architecte de Jacques Cœur pour les encoignures de son pavillon d’entrée, il a meublé cesfenêtres aveugles, l’une avec une huisserie simulée, les deux autres avec de pittoresques figures de guetteursen grand costume tenant une sorte de hallebarde à la main. Ce sont les figures populaires par excellence de cetensemble. Mais il n’est peut-être pas nécessaire d’y voir une sorte d’emblème des prérogatives municipales.
Bibliographie : Buhot de Kersers : ouv. cit. T. II, p. 274-278, pl. I et II. — Baron de Girardot : Les Artistes de Bourges.Archives de l’art français, 2 me série 1861. — Guide de l'Etranger à Bourges, 5' édit., 1894, p. 133 - 135 . — Congrès archéologique de France,Bourges 1898, p. 53 (pl.) — L’Ancien Hôtel de Ville de Bourges , mémoire lu par M. Gauchery à la Société des Antiquaires du Centreen 1909 et non encore publié. — Ce mémoire nous a été obligeamment communiqué par son auteur, ainsi que le plan que nousreproduisons ci-contre.
Pl. XIX. — Bourges. — Maison rue Bourbonnoux, n u 50.
Vers le haut de la rue Bourbonnoux, non loin du flanc nord de la cathédrale, on trouve au revers d’unemaison toute moderne d’apparence, portant le n° 5o, un beau fragment de façade gothique qui rappelle detrès près le style de l’hôtel Jacques-Cœur et de l’ancien Hôtel de ville. Il comprend au rez-de-chaussée et aupremier étage une grande et une petite fenêtre accolées, qui malheureusement ont perdu leurs meneaux. Leurencadrement, par contre, ainsi que la plate-bande intermédiaire entre les deux étages, est admirablementconservé. Dans cette dernière en particulier, on voit un arc en accolade garni de crochets et prolongé par deuxtiges de chardon qui vont s’épanouir vers l’appui de la fenêtre supérieure; cet arc vient se superposer à unedécoration de quadrilobes flamboyants identique à celle que l’on trouve à la même place chez Jacques Cœur.Deux culs-de-lampe du premier étage sont ornés de petits personnages pittoresques, des vendangeurs, l’unavec une hotte, l’autre avec un panier, qui rappellent aussi tout à fait les motifs familiers de la grande demeureberrichonne.
Ce devait être, étant donné la qualité de ces fragments, une importante maison du dernier tiers duxv e siècle; on croit que ce fut celle de Bienaimé Georges, architecte et intendant de Jeanne de Valois. Une longueinscription se lisait jadis au dessus de la fenêtre de gauche. Elle est malheureusement martelée ainsi que