HOTELS ET MAISONS DE LA RENAISSANCE
7
PI. XV à XVIII. — Bourges. — Ancien Hôtel de ville.
Le bâtiment qui sert aujourd’hui d’annexe au lycée fut construit dans la seconde moitié du xv e sièclepour servir d’Hôtel de ville. Un grand incendie avait ravagé la ville en 1487 et détruit en particulier l’églisede la Contale où se réunissait le Conseil de la cité. On décida presque aussitôt l’édification d’une « maisonde ville ». Dès 1488 on acheta, tout auprès de l’ancien local, l’emplacement de la maison du marchand PierreJohannin, qui occupait l’angle de la rue du Paradis et de la ruelle de la Narrette : on a retrouvé dans lescomptes du receveur municipal de 1489 la mention du paiement du devis de l’édifice.
C’est un certain Jacquet Gendre de Pigny, qualifié de « masson», qui est l’auteur de ce devis etqui manifestement a droit, selon nos idées, au titre d’architecte de l’Hôtel de ville. Deux autres « maçons »sont payés pour avoir « pourtraict et gecté le deviz en une peau de parchemin » : ce sont ses dessinateurs.Enfin, les entrepreneurs paraissent aussi dans ces comptes, très complets et typiques comme l’on voit, donton souhaiterait avoir l’équivalent pour bien des constructions plus importantes: ce sont un certain BernardVilain pour la maçonnerie, Jehan d'Orléans pour la charpenterie, Guillaume Leloup pour la couverture,Gillet Carrelier pour la serrurerie, etc.
Des additions importantes furent faites au xvr siècle; on ajouta notamment un corps de bâtiment,dont une partie subsistait encore récemment, sur la rue du Paradis, à côté de fragments appartenant à l’entréeprimitive du xv* siècle. Ce sont les travaux pour lesquels Jean Bellevenu, maçon, reçut, en i566, 63o livres.Un peu plus tard, en 1623, on élevait la galerie qui borde la cour à gauche et s’appuyait sur un mur qui à cemoment séparait cette cour de la petite ruelle de la Narrette, restituée sur notre plan, mais qui aujourd’huin’existe plus. Le directeur des travaux était un nommé Lejuge.
En 1682, comme nous l’avons vu, l’Hôtel de ville quitta ce logis pour s’installer dans l’hôtel Jacques-Cœur. La maison fut vendue à un conseiller au bailliage, Henry Labbé de Champgrand, qui la revenditl’année même aux Jésuites. Ceux-ci avaient édifié leur collège à côté et annexèrent simplement l’ancien Hôtelde ville, sans heureusement le transformer. Propriété nationale en 1793, il subit quelques mutilations dans sondécor, mais relativement peu considérables. Enfin, le Lycée national, qui s’était installé en 1802 dans l’anciencollège des Jésuites, s’annexa également, au cours du xix* siècle, le bâtiment qui nous intéresse, et qui en i83oavait commencé par servir d’école communale. La toiture avait dù être refaite avec les lucarnes, dès lexviii' siècle, ainsi que le couronnement de la tourelle. Celle-ci, considé-rablement diminuée à ce moment, a subi, depuis lors, quelques travauxde restauration. Mais aucun grand travail d’ensemble n’a jamais affecté lebâtiment.
C’est, dans sa partie la plus ancienne, un très remarquableexemple d’architecture civile de la fin du xv e siècle, où bien des détailsrappellent encore de très près le style dont nous avons vu l’applicationsi brillante à l’hôtel Jacques-Cœur. Une quarantaine d’années séparentles deux édifices et il est peu probable que les mêmes artistes y aienttravaillé; mais les mêmes traditions s’y survivent, soit dans les partisgénéraux, soit dans le détail de la décoration.
Le bâtiment est encore assis, pour sa façade postérieure, sur ?le vieux mur gallo-romain dominant la ville basse. Mais celui-ci ayantété exploité comme carrière, il fallut soutenir cette façade dans la cavepar un arc et un pilier de maçonnerie que mentionnent les comptesde 1489. De plan très simple, rectangulaire, le bâtiment primitif comportesimplement deux grandes pièces à chaque étage, largement éclairées par 'de grandes fenêtres à meneaux sur la ville et sur la cour; ces piècescommuniquent entre elles, mais elles ont, au rez-de-chaussée tout aumoins, également, chacune une issue directe sur la cour. Au rez-de-chaussée, la plus petite pièce, voûtée surcroisée d’ogives, était la chambre du Conseil; l’autre, la grande salle, couverte d’un plancher de poutres etde solives moulurées, était desservie par la porte située sous l’escalier. Toutes deux comportaient descheminées monumentales dont la seconde surtout (voir PI. XVIII) est un morceau considérable. Le manteau,très richement décoré, comportait, entre deux corniches de feuillages très habilement refouillées, une zonegarnie de fleurs de lis aujourd’hui mutilées. Au-dessous, la zone inférieure est garnie d’un réseau de nervuresflamboyantes formant des losanges dans lesquels est placée une figure de mouton clariné (portant unesonnette). Au milieu étaient les armes de Bourges soutenues par les deux supports traditionnels, le berger
ig. 6. — Bourges: Ancien Hotei. de VillePlan du rez-de-chaussée