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HOTELS ET MAISONS DE LA RENAISSANCE
A cet étage une seconde grande salle R s’ouvrait encore sur le grand escalier L, au-dessus de lasalle basse. Elle possédait deux cheminées. Les appartements privés auraient été en S desservis par l’escalierdes cuisines et communiquant avec la chapelle par la galerie supérieure C. Un autre appartement T, composéde deux grandes chambres, était disposé à côté de la grande salle R, desservi par l’escalier Z et la galerie B’.Il pouvait encore communiquer en 167g avec l’hôtel de Limoges.
11 est assez difficile de se rendre compte aujourd’hui de l’usage de chacune de ces pièces dans lavie d’autrefois. Les mots de salons , de cabinets , qu’on trouve parfois et même chez Viollet-le-Duc pourles caractériser sont bien modernes et répondent peut-être plus aux usages du xix e siècle qu’à ceux du xv'.Ce qui est certain et facile à constater, c’est la complication voulue et certainement très raisonnée de ce planoù des dégagements sont prévus pour chacune des pièces importantes rendues indépendantes les unes desautres, où, à côté des vastes salles qui servaient à la vie d’apparat, on s’est préoccupé de ménager en se servantici des anciennes tours des fortifications des réduits plus intimes, soigneusement décorés qui servaient deretraites pour le travail ou la vie familière. Le sens du confortable s’introduit dans l’habitation et nous auronsà constater dans mainte demeure plus modeste des innovations qui dériveront certainement de celles-ci ettrahiront les mêmes besoins. Les plus typiques et les plus curieuses de ces pièces sont celles qui sont situéesaux différents étages de la tour U. L’une qui sert aujourd’hui de cabinet au premier président est munie d’unetrès belle cheminée dont le motif principal, une femme ailée portant une banderole, est une des plus bellessculptures de la maison. L’autre située au-dessus et dite Chambre du Trésor possède encore une lourdeporte de fer qui justifie sa désignation et montre plusieurs culs-de-lampe très ornés dont un représente unépisode, traité en anecdote pittoresque, d’un roman de chevalerie.
Au second étage, un comble très vaste et bien construit avec une admirable charpente de chevronsportant fermes, dont nous pourrons plus tard rapprocher celle du palais épiscopal d’Evreux, était encore munide grandes cheminées de pierre, éclairé par de grandes lucarnes et pouvait servir d’appartement secondaire,de « chambres pour les gens ». On a remarqué justement sur la charpente les restes des supports de tenturesmobiles qui pouvaient y être installées.
Les ordonnances extérieures de ce corps de logis sont conçues avec le même sens pittoresque,le même luxe en quelque sorte familier, que nous avons noté en plusieurs endroits et dont nous retrouveronsdes manifestations plus ou moins réussies au cours de la fin du xv' siècle. Partout reparaît le motif descœurs et celui des coquilles, armes parlantes de Jacques Cœur, notamment en haut des tourelles d’escalierqui toutes comprenaient peut-être comme l’escalier V (voir pl. VII) une sorte de belvédère au-dessous dela poivrière qui écrase aujourd’hui directement la balustrade ajourée.
Une seule lucarne en pierre subsiste, celle qui est voisine de l’escalier L (voir pl. VI). Elle est d’untrès beau et très pur dessin flamboyant, mais simple encore, avec ses deux pinacles et son gàble aigu couronnéd’une statuette. Les autres sont en bois recouvert de plomb. Comme exemples de plombs anciens conservés, onpeut citer la figurine très déformée qui couronne la tourelle principale ou les beaux épis de l’aile droite(voir pl. VIII) avec leur fleuron au quadruple crochet de chardon très découpé et leur embase de plombmartelé et repoussé. Les bandes de plomb qui décorent le faitage étaient certainement rehaussées de dessinsgravés sertissant des dorures éclatantes comme on en retrouvera des exemples en pleine Renaissance àAzay-le-Rideau. Signalons enfin, pour terminer, les sculptures si amusantes qui, au bas de l’escalier V (voirpl. IX) annoncent la destination de cette entrée par un petit tableau de cuisine gothique où le coquemardpend au milieu de la cheminée, où une servante récure les plats, tandis que deux cuisiniers tournent la brocheou pilent quelque mixture dans un mortier; n’oublions pas non plus les douze médaillons qui couvrent lespans de la tourelle principale (voir pl. II et III) et nous rappellent les origines de la fortune du maître dulogis avec les représentations des fileuses de laine du Berry, de ses agents, émissaires, facteurs, clients lointainspuisque nous y apercevons au second registre l’exotique silhouette d’un nègre enturbané. Ils nous donnentpeut-être enfin sa propre effigie avec celle de sa femme : c’est un couple richement vêtu coiffé du chaperonet du hennin, dont le mari, si c’est bien Jacques Cœur, nous apparaîtrait non pas comme le grand commerçant,ou le grand financier, mais comme le grand bâtisseur qu’il était aussi, puisqu’il semble porter un marteaude maçon à la main.
Bibliographie : Hazé. Notices pittoresques sur les antiquités et monuments du Berry , Paris-Bourges (1834). (Pl.) —
Buhot de Kersers : Histoire et statistique monumentale du Cher , Bourges (1883). Tome II, p. 298 et suiv. (Pl.) — Pierre Clément :Jacques Cœur et Charles 17 /, Paris (1886). — Viollet-le-Duc : Dictionnaire d’architecture. T. VI, p. 276-281 (2 plans et une vuecavalière). — Congrès archéologique de France 1898. P. 73 (plans). — F. Deshoulières : L’Hôtel de Jacques-Cœur de Bourges en 1679.Mém. de la Soc. des Antiquaires du Centre. T. XXIV, 1901. — Paul Gauchery : Mémoires lus à la Soc. des Antiquaires du Centre de1904 à 1911 (pour être publiés en 1911). — Gonse : L’Art gothique. P. 276-300 (2 fig.). — Enlart : Manuel d'archéologie française. T. II.Passim. P. 67 (plan). t
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