HOTELS ET MAISONS DE LA RENAISSANCE
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très évidente; mais le souci d’observation réaliste et pittoresque est manifeste: ce sont des tableaux de genreplus que des portraits.
Au premier étage on entre dans la chapelle par une porte surmontée d’un bas-relief de mêmetype que les précédents mais d’un style un peu différent, qui représente une Annonciation.
La chapelle A’ est une pièce à peu près carrée sous une voûte élevée, formée de deux croiséesd’ogives séparées par un doubleau et comprenant chacune une lierne. Les compartiments délimités ainsi sontgarnis de peintures d’une qualité très exceptionnelle qui cons-tituent un des monuments les plus considérables et les mieuxconservés de la peinture en France au xv' siècle. Elles représen-tent, sur un fond bleu garni d’étoiles, vingt anges volants auxlongs cheveux bouclés, vêtus de tuniques blanches, soutenantdes phylactères qui portent des textes sacrés. Le fond et lesinscriptions ont peut-être été quelque peu rajeunis, mais lesfigures elles-mêmes ont peu souffert. Elles offrent une parentéévidente avec les angelots long vêtus de l’école flamandecontemporaine : les Bouts, les van der Weyden, les van derGoes ont peint vers la même époque des figures analogues, maisavec une allure peut-être moins décorative et une adaptationmoins ingénieuse aux formes de la construction. On cite, d’au-tre part, les noms d’Henri Mellein et de Jacob de Litemont quitravaillent à Bourges à cette époque. Mais aucun texte décisifn’a encore permis d’attribution précise soit à un peintre local,soit à quelque étranger de passage.
Française à coup sûr, au contraire, est la sculpturedes angelots qui soutiennent aux clefs de la voûte et aux. retombées des arcs les armoiries des propriétaires; Françaiseégalement celle des beaux culs-de-lampe d’un style plus sévèrequi se voient au bas de niches aujourd’hui vides et qui rap-pellent les modèles des imagiers du duc Jean de Berry. Deuxgrandes baies versent dans cette chapelle un jour abondant que tamisaient jadis des vitraux disparus.De beaux fragments de l’autel en bois sculpté, rapportés du collège où ils avaient été utilisés au xvm e siècle,montrent la qualité du mobilier d’autrefois. Deux logettes à droite et à gauche de l’autel, munies de che-minées, marquent la place du maître de la maison et de sa femme. Mais des peintures modernes aux tonscriards donnent seules idée aujourd’hui de la parure luxueuse qui devait jadis recouvrir les murailles et leursornements en reliefs.
Les galeries B’ et C’, avec leur voûte en forme de carène renversée, leurs fenêtres claires garnies debancs sont d’une élégance sobre tout à fait agréable. Elles étaient munies jadis chacune de deux grandescheminées. Seules les deux delà galerie méridionale (PI. XII) ont été conservées ou restituées. Le manteaude l’une représente une sorte de forteresse crénelée où paraissent quantité de petits personnages qui ontl’air de soutenir un assaut quelque peu burlesque. Au-dessus, deux lucarnes, complètement mutilées dans lesrelevés de 1 835, présentent aujourd’hui des figures de curieux en grand costume. L’autre (PL XIII) a étérecomposée avec des fragments dont certains avaient été dessinés par Hazé en 1 835. On y voit représentée dansla partie haute une sorte de tournoi grotesque où les cavaliers sont montés sur des ânes et armés en guisede boucliers de clayonnages grossiers, représentation de divertissements populaires ou plutôt caricature desusages chevaleresques. Ces motifs valent en tous cas d’être signalés et étudiés avec attention.
Le corps de logis principal comprenait essentiellement au rez-de-chaussée la grande salle K où sevoyaient une cheminée monumentale aujourd’hui détruite et une petite tribune qüi subsiste encore avec un petitescalier spécial et que l’on peut imaginer avoir servi à loger des musiciens. On accédait dans cette salle,qui servait de salle de fêtes et de festin, par la base de l’escalier L. La communication était assurée avec lescuisines placées en I par un couloir M, la pièce N servant d’office. Toute une série de services accessoiress’ordonnait autour des cuisines aérées sur une courette H. Viollet-le-Duc les décrit avec un luxe peut-êtreun peu imaginatif; le puits, les fourneaux, les trappes descendant aux caves, etc., subsistent encore en tous casou ont laissé des traces.
En O et en P deux grandes pièces pouvaient constituer un appartement avec dégagement et garde-robe dans les tours, disposition analogue à celle que l’on retrouve ou que l’on imagine pour le premier étage.
Fig. 5. — Bourges: Hotei. Jacques-CœurLa chapelle. Paroi latérale