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1 (1910)
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HOTELS ET MAISONS DE LA RENAISSANCE

boyants. Sur le flanc du pavillon une tourelle octogonale renferme lescalier et se termine par un jolilanternon très orné. Au-dessus de la double porte, une niche couronnée dun dais flamboyant contenait jadisévidemment une figure équestre dont on a prétendu quelle représentait Jacques Cœur lui-même, mais quiétait sûrement, daprès une miniature ancienne qui nous en montre limage et daprès la description de 1679,le « très victorieux roi de France » Charles VII « armé de pied en cap, en action de combattant, lépéehaute sur un cheval caparaçonné ». Sur la face intérieure du pavillon, une niche similaire passe aussi pouravoir contenu leffigie de Jacques Cœur. Sur la rue, à droite et à gauche de la niche, deux fausses fenêtresqui font suite à celles des galeries contiennent encore deux figures à mi-corps pour lesquelles plusieursinterprétations plus ou moins fantaisistes ou symboliques ont été proposées (portraits de Jacques Cœur etde sa femme, serviteurs attendant le retour du maître exilé, etc.), et qui ne sont sans doute que des motifspittoresques et réalistes comme nous en retrouverons beaucoup çà et à lintérieur.

Le pavillon D contenait jadis la conciergerie et séclairait sur une cour F munie dun puits, quisétendait au milieu de dépendances aujourdhui disparues. Ces dépendances présentaient vers le fossé unegalerie ouverte et nétaient séparées de la grande cour que par des arcades « récemment fermées », dit le textede 1679.

A droite de la façade une entrée spéciale conduisait par un passage G à la cour de service H et auxcuisines I, sans passer par la cour dhonneur. Ce passage était séparé de la galerie C par un mur aujourdhui

détruit. Nous donnons (fig. 4) cette entrée particulière pouren souligner limportance et bien que le détail ornemental ensoit presque tout moderne: Hazé en 1837 lindique dans sesdessins comme toute simple et toute nue.

Les basses-cours et écuries étaient situées au dessous, sur larue des Arènes. Elles étaient en contre-bas de la cour de12 pieds et lon y arrivait par une descente assez dure.

Lentrée de lhôtel devait être accessible, sinon à toutvenant, du moins assez largement et lon imagine volontierscette cour et ces galeries ouvertes du rez-de-chaussée (PI. II,III, IV, V) remplies des allées et venues de gens daffairesattirés par le négoce du grand argentier. Les galeries dupremier étage nauraient-elles pas servi également comme demagasins ou de parloirs (1)? Il y a toute une partie de lademeure qui en est comme la partie officielle et largementouverte au public, lintimité, l'habitation étant reléguée dans lecorps du fond.

Mais au milieu et dominant toute cette partie sélève lachapelle. Noublions pas que Jacques Cœur, quoique marié,se réclama au cours de son procès de la qualité de clerc pourobtenir la juridiction ecclésiastique. Pensons aussi à la placequoccupaient dans les palais royaux ou princiers du moyenâge avec lesquels rivalisait, au dire des contemporains, lademeure de largentier, les Saintes Chapelles.

Cest lescalier de la chapelle E, garni au départ de représen-tations qui indiquaient nettement lusage de cette partie essen-tielle de la demeure, par lequel on accédait aux galeries supé-rieures. Ce départ descalier est dailleurs un des plus jolismorceaux darchitecture de lhôtel (on en voit lensemble surnotre planche X et deux détails sur la planche XI). Sur lunde ces tympans un enfant de chœur sonne la cloche tandisquun religieux plonge un aspersoir dans un bénitier et quunmendiant béquillard sapproche humblement. Sur lautre cestun personnage élégant qui passe portant un gros chapelet de patenôtres suivi dun second qui porte un livredheures dans un sac, à droite un troisième personnage semble préparer lautel. Enfin, le troisième motif (voirpl. X) représente un groupe de trois femmes et dun enfant qui se dirigent évidemment aussi vers lachapelle. Lintention de représenter Jacques Cœur et sa famille souvent soulignée ici nest peut-être pas

Fig. 4. Bourges : Hôtel Jacques-CœurPorte de service sur la rue Jacques-Cœur

(1) En 1679 on y avait installé une bibliothèque, mais il est peu probable que ce fût leur destination primitive.