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HOTELS ET MAISONS DE LA RENAISSANCE
murailles, les rares fenêtres, les sombres massifs de pierre des forteresses féodales ont faitplace à des galeries, à des croisées largement percées, à des tourelles élégantes; les formesde l'âge antérieur dominent encore l’invention, mais sont avec art et adresse accommodées àdes besoins nouveaux. Partout plus de sécurité, plus de relations et dès lors plus de jour,plus d’ouverture d’esprit, plus de variété. La grandeur du xn e et du xin u siècle a disparu etsouvent une ornementation lourde et surchargée fait regretter la simplicité d’autrefois, maisdans plus d’une heureuse construction la sobriété se joint à la grâce pour former un toutqui charme les yeux, s’il ne remplit pas le cœur d’émotion et l’esprit de grandes pensées. »
Au lendemain de la guerre de Cent ans, laissant les forteresses comme celle deChinon, dont il s’est contenté aux tristes jours de la défaite, ou comme le vieux château deLoches, le roi Charles VII commence à faire bâtir, à quelque distance de ce dernier, dansune position charmante dominant la riante vallée de l’Indre, un nouveau château qu’agré-menteront encore Charles VIII et Louis XII de tout le luxe décoratif cher aux artistes trèsimaginatifs de la fin du xv e siècle. Mieux encore, à Tours, quittant le Château fortifié quicommande la Loire en amont, laissant même l’enceinte de la ville, le roi va s’établir enrase plaine, aux Montils, à cet endroit dont s’éprendra tout à fait son fils Louis XI et où il feraélever, entre 1463 et 1472, le fameux château du Plessis. On se trompe singulièrement du restelorsqu’on imagine Plessis-lès-Tours comme une romantique et sombre forteresse. Peu de choseen subsiste aujourd’hui, mais il suffit d’avoir vu, au milieu de la grande vallée bordée dans lelointain par deux rangées de coteaux harmonieux, ce bâtiment où se marient les colorationsvives de la brique et de la pierre sous le comble aigu couvert d’ardoises, où les fenêtres àmeneaux bien percées s’alignent régulièrement sous les lucarnes élégantes et simples, poursaisir le caractère vrai de cette architecture nouvelle alors et qui va se prolonger pendantprès d’un siècle dans le même esprit sinon toujours dans les mêmes formes.
Amboise, avec moins de nouveauté dans la disposition générale, encore juché surun plateau abrupt, avait séduit de bonne heure le jeune Charles VIII, qui, bien avant deconnaître les merveilles d’Italie, l’avait fait embellir et parer au goût du jour.
Quelques artistes italiens sont en France dès cette époque, mais si l’on peut discuterpour savoir dans quelle mesure les œuvres isolées et peu nombreuses d’un Laurana et d’unPietro da Milano, ont pu agir sur la formation de certains de nos peintres et de nos sculpteurs,il est certain qu’ils n’eurent pour le moment aucune influence sur l’ensemble de nos architectes etde nos décorateurs et que le mérite de la création, antérieure à l’expédition d’Italie, de ces œuvrestelles que Loches, Plessis-lès-Tours ou tant d’autres en diverses régions, appartient en propre ànos Français. Rien n’est plus éloigné du reste de ce qui se pratiquait alors dans les palaissolennels et incommodes de Florence et de Rome.
S’il faut chercher à cet art officiel et brillant des origines et des analogies, c'estprécisément dans la construction civile du milieu du siècle que nous les trouverons. A cetégard apparaît toute l’importance de cet hôtel Jacques-Cœur, dont on trouvera ci-après uneample description. L’hôtel Saint-Pol de Charles V a disparu; les palais du duc de Berry nenous laissent plus deviner à Poitiers ou à Bourges, que par quelques fragments grandioses, ilest vrai, ce que fut le luxe et l’esprit de ces demeures fastueuses qui servirent de modèle pendantplus d’un siècle au luxe moins accusé mais non moins raffiné des hôtels de la grande bourgeoisie,des évêques ou des abbés. Mais l’hôtel Jacques-Cœur peut nous prouver, avec sa magni-fique conservation, ce dont étaient capables nos architectes du milieu du xv e siècle en pareillematière, s’inspirant des exemples précédents et les accommodant aux goûts d’une générationnouvelle et d’une classe sociale moins soucieuse d’apparat, plus éprise de confort, goûtant ardem-