INTRODUCTION DU TOME I
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ment le luxe et l'art, mais se plaisant à une inspiration moins élevée, plus Jiumaine, plus réaliste.
Moins de grandeur, moins d’ambition, plus de souci du confortable, plus de recherche,de grâce, de verve pittoresque et parlois satirique, plus de saveur populaire dans la
décoration, c'est ce que nous allons reconnaître dans les diverses constructions que nous
allons analyser tout à l’heure, qu’il s’agisse de l’hôtel d’Olivier Barrault, à Angers, de
l’évêché d’Kvreux ou de l’hôtel des abbés de Cluny, à Paris.
Des grands bourgeois, des financiers cossus, les mêmes soucis de l’agrément et dubien-vivre vont se répandre dans les classes plus modestes ; de simples maisons de marchandstourangeaux, berrichons, picards ou bourguignons, vont, tout en se modelant sur les typestraditionnels que nous décrivions tout à l’heure, se perfectionner quant au plan plushabilement disposé autour d’une cour intérieure; elles vont oflrir des dégagements auxquels onn’avait pas songé jusque-là, des commodités que l’on ignorait, des ouvertures plus amples;elles vont se charger aussi d'ornements plus raffinés,plus spirituels; la part d'adaptation des fantaisies
flamboyantes y sera assez restreinte, mais l’ingénieusedisposition d’une tourelle d’escalier ou d’une coursièreen encorbellement, la juste proportion d’une nervure,d’une accolade, d’une balustrade, l’élégance d’un épi,l'amusante et pittoresque sculpture d’un cul-de-lampey joueront un rôle capital. C’est un art bien françaisqui se développe spontanément sous l’influence duprogrès général des mœurs et du goût sans qu’ilsoit besoin de faire appel encore, pour en expliquerles caractères nouveaux, à aucune influence étrangère.
Si nous y voyons paraître, en effet, vers la fin de lapériode qui nous intéresse, c’est-à-dire vers le règne deLouis XII, voire même les premières années du règnede François I er , quelques éléments ultramontains, ceseront, en apparence du moins, comme de purs acci-dents qui n’altèreront pas la physionomie générale del’œuvre et son . caractère.
Il est vrai qu’à cette même époque, en dehors
1 ' 1 Eig. viii. — Avignon: Maison nu xv e siècle.
de la série que nous avons constituée ici et que
nous allons suivre dans les notices et les planches de ce premier volume s’élèvent déjà,çà et là, des demeures qui manifestent exactement un style nouveau, étranger d’origine,le style que l’on nomme couramment de la Renaissance et, que nous continuerons à nommerainsi, tout en nous rendant mieux compte que nulle part ailleurs, combien ce mot est injuste.C’est dans notre domaine surtout en effet que les vraies et essentielles nouveautés, la pousséevivifiante qui renouvelle l’art de toute une époque, datent du plein milieu du xv u siècle, d’unmoment où l’art français était encore en pleine vigueur et ne songeait guère à se mettre àl’école de l’art italien.
Ce que celui-ci lui apporta, ce qui résulta du contact forcé entre les deux civilisa-tions et les deux arts à la fin du xv e et au début du xvi e siècle, particulièrement dans l'archi-tecture civile et urbaine, c’est ce que nous montrera la série de monuments que nous avonsréservée pour notre deuxième volume.