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HOTELS ET MAISONS DE LA RENAISSANCE
d’une maison aujourd’hui disparue qu’il disait avoir relevée à Dreux et qu’il attribuait auxii e siècle; mais, en général et bien qu’on assigne fréquemment au xnf ou au xiv e siècle tel outel monument de ce genre, aucune des 'maisons de bois que nous possédons ne remonteguère plus haut que le xv e siècle. Peut-être convient-il cependant de dater de la fin duxiv e siècle certains des documents que nous reproduisons plus loin, comme la maison desQuatrans à Caen, ou celle de la rue des Cuisiniers à Bayeux, ou bien encore cette maison
du bas de la rue aux Fèvres de Lisieux que nousdonnons ci-contre et que l’on désigne sous le nomde Manoir Formeville. On y relève l’emploi par-tiel d’un procédé de construction assez rare dansnos régions et plutôt archaïque, c’est le procédédit par empilement de madriers superposés; ilapparait en particulier ici au-dessus de l’encor-bellement du deuxième étage. Partout ailleurs etmême ici dans le rez-de-chaussée et le premierétage, c’est le procédé dit d’assemblage qui pré-vaut. Les poteaux et les montants sont assemblésdans des sablières et très souvent renforcés pardes pièces obliques isolées ou se croisant en Xdeux par deux qui maintiennent l’écartement despoteaux et assurent la stabilité du pan de boisainsi composé. Dans les intervalles des poutresvient prendre place une maçonnerie légère, unh ourdis, composé de briques ou de blocage,revêtu de plâtre, de carreaux de terre vernissés,de panneaux-de bois et d’ardoises.
Très fruste encore dans ces spécimensarchaïques, la construction en bois va se déve-lopper, se compliquer, se parer surtout, au fur et à mesure que nous avancerons vers lexvi e siècle. On en pourrait citer maint exemple dans les différentes provinces de France,surtout celles du Nord et de l’Ouest. La Maison de l’Annonciation de Rouen que nous repro-duisons ici (fig. VII) nous en donne un excellent type.
Fig. vi.— Lisieux: Manoir Formeville.
Ce fut jadis chez certains historiens comme un lieu commun de proclamer qu’àla fin du xv e siècle, l’art gothique était usé, épuisé et depuis longtemps condamné et que laRenaissance, c’est-à-dire le retour aux formes de l’antiquité, fut, pour l’art français en parti-culier, un phénomène nécessaire et providentiel ; mais un jugement plus impartial nous a prouvébien au contraire que le xv e siècle fut une époque d’activité brillante et continue, où, notam-ment dans le domaine qui nous occupe ici, quantité d’éléments nouveaux de luxe et de viese créèrent ou se développèrent, où des conceptions nouvelles s’établirent, où des œuvresabondantes et brillantes se réalisèrent, qui sont précisément celles sur lesquelles, faute dedocuments antérieurs, on juge d’ordinaire tout l’art civil de tout le Moyen Age.
Qu’il y ait eu décadence ou non dans l’ensemble, et notamment dans l’architecturereligieuse, que l’on préière aux formes tourmentées et nerveuses, aux décorations luxuriantesdu xv e siècle, les formes amples et calmes et les puissants motifs ornementaux du xm e siècle,c’est là affaire de jugement esthétique; ce que l’on ne saurait nier c’est la prodigieuse vitalité,c’est la verve et l’abondance de cet art gothique qui va, non pas s’éteindre et disparaître de