VI
AVANT-PROPOS
côté les pays flamands ou rhénans qui ne sont entrés dans l’unité française qu’à une époquepostérieure. L'art qui s'y développe au XVI e siècle, bien que très voisin du nôtre et subissant uneévolution analogue, y présente des nuances asseç particulières ; du reste, si nous avions comprisdans notre étude Valenciennes et Douai, par exemple, nous n’avions aucune raison de ne pasaller jusqu’à Fumes, Court-rai ou même Bruges.
Il eût été asseç^ tentant, plus simple peut-être aussi pour la composition de Vouvrage,de classer nos documents selon leur provenance géographique, suivant le plan adopté parPalustre dans son grand ouvrage resté inachevé sur la Renaissance en France. Mais cetteméthode, qui serait parfaitement convenable pour un inventaire ou une description, nousparaît beaucoup moins légitime pour une étude historique : elle entraîne forcément desrépétitions continuelles et des classifications asseç factices, la délimitation des écoles d’archi-tecture par province et même par région étant toujours, mais surtout à l'époque qui nousintéresse, asseç^ délicate et artificielle. Il nous a semblé plus intéressant d'adopter un classementà peu près chronologique et de diviser les monuments étudiés en trois groupes correspondantà des périodes successives de l’histoire de notre architecture.
— Le premier groupe correspond au plein développement de l’art purement françaisdu XV siècle. On y trouvera en première ligne les grands hôtels gothiques tels que celui defacques-Cœur à Bourges ou celui des abbés de Cluny à Paris, ainsi que les jolies constructionsurbaines plus modestes de cette époque. Il comprendra aussi les survivances gothiques manifestesau cours du XVI e siècle, quelle qu'en soit la date exacte ; quelques-unes pourront être asseçtardives, notamment dans l’architecture des maisons de bois, à Lisieux, à Rouen ou à Abbeville.
— Le second groupe est caractérisé par l’introduction des premiers éléments italiensdans le décor; il correspond au développement de ce style qu on peut qualifier de «.style composite »et qui fleurit au temps de Louis XII et de François 1 er , particulièrement sur les bords de laLoire. C’est à ce style qu’appartiennent, par exemple, l’hôtel d’Alluye à Blois, l’hôtel de Beauneà Tours, l'hôtel Pincé à Angers. Mais son rayonnement, favorisé par un entraînementexceptionnel de la mode, fut très rapide à travers toute la France; nous en retrouverons desspécimens presque contemporains en N ormandie et en Champagne, en Périgord et enDauphiné.
— Le troisième groupe nous montre l’application constante, raisonnée et de plus enplies savante, des formules antiques, des ordres en particulier. C’est le groupe classique parexcellence qu’illustreront les noms des Lescot et des De l'Orme, des Sambin et des Bachelier,dont l activité trouva l'occasion de s’employer non seulement dans Védification des palais ouchâteaux ambitieux de l’époque, mais dans des maisons de ville comme l'hôtel Carnavalet, àParis, l’hôtel Bullioud, à Lyon, l’hôtel d'Assenât, à Toulouse. Le décor, tantôt sobre etrégulier, tantôt surchargé et redondant, s'y inspirera toujours de façon plus ou moins correcteet pittoresque des motifs gréco-romains. Les dispositions architecturales tendront elles-mêmesà se modifier et peu à peu, parmi les traditions continues et les adaptations ingénieusesencore et originales, se préparera l’avènement définitif du style classique du XVII e siècle.
Il serait vain bien entendu de vouloir pousser jusqu'au bout ce parti pris de classementchronologique. La plupart des édifices que nous avons à étudier ne peuvent être datés de façonrigoureuse et le style, de plus, suivant les régions, peut y marquer plus ou moins d’avanceou de retard. Il nous a paru préférable de grouper tout ce qui dans chaque volume serapportait à la même ville, mettant seulement à part les constructions oit le bois joue unrôle prépondérant et qui forment une catégorie bien distincte. Nous nous sommes seulementefforcés de commencer dans chaque série par les monuments les plus anciens et les plus typiques: