Druckschrift 
Lutèce : lettres sur la vie politique, artistique et sociale de la France
Entstehung
Seite
412
Einzelbild herunterladen
 

le genre printanier; elle nest pas non plus une rose,car elle est laide, mais dune sorte de laideur qui estnoble, je pourrais presque dire belle, et qui a parfoisravi en extase le grand peintre de lions, Delacroix. Eneffet, M m ° Garcia ne rappelle guère la beauté civilisée etla grâce apprivoisée de notre patrie européenne, maisbien plutôt la splendeur sinistre dun exotique paysagedans le désert. A plus dun moment de son jeu pas-sionné, surtout quand elle ouvre plus que largement sagrande bouche aux dents blanches et éclatantes, et quellesourit avec une douceur.si horrible et un si gracieuxgrincement : alors on simagine quau même instant onverra apparaître à côté delle toutes les prodigieuses es-pèces végétales et animales de lHindostan ou de lAfri-que; on pense voir surgir des palmiers gigantesquesenlacés de lianes aux milles fleurs; et lon ne seraitpas étonné si tout à coup un léopard, ou une girafe, oumême une troupe de jeunes éléphants, arrivaient sur lascène, pour sy livrer à des ébats amoureux. Quels piéti-nements ! quels coups de trompe ! quel talent gran-diose !

Pendant que lAcadémie de musique restait frappéedune déplorable langueur, et que les Italiens ne faisaientaussi que se traîner tristement, la troisième scène lyrique,lOpéra-Comique, séleva à son sommet le plus joyeux., un succès surpassait lautre, et la caisse navait pasmoins lieu de sapplaudir. On y récoltait encore plusdargent que de lauriers, ce qui na certes pas été un mal-