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Lutèce : lettres sur la vie politique, artistique et sociale de la France
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406
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Opéra de Berlin, le compositeur de la Vestale et de Fer-dinand Cortès, deux magnifiques chefs-dœuvre, quifleuriront encore longtemps dans le souvenir deshommes, et quon admirera encore longtemps, tandisque lauteur lui-même se voit déjà à cette heure privé detoute admiration et nest plus quun spectre impuissant,qui, rongé denvie, hante les lieux de ses triomphes dau-trefois, et se plaît à dénigrer la vie des vivants. Il ne peutse consoler dêtre mort depuis de longues années, etdavoir vu son bâton de commandement passer dans lesmains de Meyerbeer. Celui-ci, à ce que prétend le dé-funt, la repoussé de son Berlin quil a toujours tantaimé; et quiconque, par pitié pour la grandeur déchue,se sent la patience de lécouter, peut apprendre en détailde Spontini combien de pièces de conviction il a déjàrassemblées pour dévoiler les intrigues de la conjurationmeyerbéérienne.

Lidée fixe du pauvre homme est et demeure Meyer-beer, et lon raconte les histoires les plus amusantes surcette animosité, cette rancune, toujours rendue ineffi-cace par la trop grande dose de vanité qui sy mêle.Quelque écrivain feuilletoniste se plaint-il de Meyerbeer,disant par exemple que celui-ci a tardé depuis de longuesannées à mettre en musique les vers que lui, le poète,avait écrits sur la demande la plus empressée du com-positeur, alors Spontini saisit vivement la main du paro-lier blessé, et sécrie : « Jai votre affaire ! Je sais lemoyen par lequel vous pourrez vous venger de Meyer-