Opéra de Berlin, le compositeur de la Vestale et de Fer-dinand Cortès, deux magnifiques chefs-d’œuvre, quifleuriront encore longtemps dans le souvenir deshommes, et qu’on admirera encore longtemps, tandisque l’auteur lui-même se voit déjà à cette heure privé detoute admiration et n’est plus qu’un spectre impuissant,qui, rongé d’envie, hante les lieux de ses triomphes d’au-trefois, et se plaît à dénigrer la vie des vivants. Il ne peutse consoler d’être mort depuis de longues années, etd’avoir vu son bâton de commandement passer dans lesmains de Meyerbeer. Celui-ci, à ce que prétend le dé-funt, l’a repoussé de son Berlin qu’il a toujours tantaimé; et quiconque, par pitié pour la grandeur déchue,se sent la patience de l’écouter, peut apprendre en détailde Spontini combien de pièces de conviction il a déjàrassemblées pour dévoiler les intrigues de la conjurationmeyerbéérienne.
L’idée fixe du pauvre homme est et demeure Meyer-beer, et l’on raconte les histoires les plus amusantes surcette animosité, cette rancune, toujours rendue ineffi-cace par la trop grande dose de vanité qui s’y mêle.Quelque écrivain feuilletoniste se plaint-il de Meyerbeer,disant par exemple que celui-ci a tardé depuis de longuesannées à mettre en musique les vers que lui, le poète,avait écrits sur la demande la plus empressée du com-positeur, alors Spontini saisit vivement la main du paro-lier blessé, et s’écrie : « J’ai votre affaire ! Je sais lemoyen par lequel vous pourrez vous venger de Meyer-