Hébreux selon la mode du jour. Aussi le paysage et lesanimaux du Levant sont depuis traités par les Françaisavec plus de fidélité dans leurs tableaux historiques, etle chameau qui se trouve sur la toile d’Horace Vernetmontre bien que le peintre l’a copié immédiatementd’après la nature, au lieu de le puiser, comme ferait unpeintre allemand, dans la profondeur de son âme. Unpeintre allemand se serait peut-être étudié à retracerici, dans la configuration de la tête du chameau, l’espritdu temps primitif et de l’Ancien Testament. Mais leFrançais a peint simplement un chameau tel que Dieul’a créé, un chameau superficiel sans un seul poil sym-bolique, et qui, avançant sa tête par-dessus l’épaule deJuda, regarde avec la plus grande indifférence lemarché scabreux qui se conclut devant lui. Cette insou-ciance, cet indifférentisme, est un trait fondamentaldans le tableau dont nous parlons, et sous ce rapportaussi il porte le cachet de notre époque. Le peintre n’atrempé son pinceau ni dans la caustique méchanceté dela satire voltairienne, ni dans les lubriques et dégoûtantspots de Parny et consorts ; il n’est guidé ni par la polé-mique ni par l’immoralité; la Bible vaut à ses yeuxautant que tout autre livre, il la regarde avec une véri-table tolérance, il n’a plus le moindre préjugé contre celivre, il le trouve même joli et amusant, et il ne dé-daigne pas de lui emprunter ses sujets. De cette façon ila peint Judith, Rebecca à la fontaine, Abraham etAgar, et c’est encore ainsi qu’il a peint Juda et Tha-
Druckschrift
Lutèce : lettres sur la vie politique, artistique et sociale de la France
Seite
346
Einzelbild herunterladen
verfügbare Breiten