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Lutèce : lettres sur la vie politique, artistique et sociale de la France
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LUTÈCE.

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sont dune perfection voisine de la poésie. Dun vêtementserré jaillit le sein, fleuri, parfumé, séduisant, commele fruit défendu du jardin dEden. Avec la main gauche,qui est également peinte dune façon parfaite et ravis-sante , la belle tient devant son visage un bout de sonvêtement blanc, de sorte quon voit seulement le frontet les yeux. Ces grands yeux noirs sont séducteurscomme la voix de linsinuant tentateur dans le paradis.La femme est à la fois pomme et serpent, et nous nedevons point condamner le pauvre Juda parce quil luiprésente en si grande hâte les gages demandés, lebâton, lanneau et la ceinture. Pour les recevoir elle aétendu la main gauche, tandis quavec la droite, commeje lai dit, elle se voile le visage. Ce double mouvementdes mains est dune vérité telle que lart ne la produitque dans ses moments les plus heureux. Il y a unefidélité naturelle dont la magie subjugue. Le peintre adonné à Juda une physionomie de convoitise qui rappel-lerait plutôt un faune quun patriarche, et tout son affa-blement consiste en cette couverture de laine blanche,qui joue depuis la conquête dAlger un si grand rôlesur tant de tableaux. Depuis que les Français sont entrésen connaissance immédiate avec lOrient, leurs peintresdonnent aussi aux héros de la Bible un costume vrai-ment oriental. Lancien costume idéal et traditionnel esten effet un peu usé par un emploi de trois cents ans, etce serait surtout chose peu convenable de travestirencore à présent, à lexemple des Vénitiens, les anciens