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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
n’a jamais gagné de lauriers, il n’a pas non plus composéde célèbres marches, et encore moins lui a-t-on dresséune statue tombée depuis. Ce n’est pas le vieux Dessauerde Prusse ; aussi écrit-on tout autrement son nom, quin’est qu’un nom de guerre, ou peut-être un sobriquetqu’on lui a donné, à cause de samine vieillote, piteuseet courbée en forme de dos de chat. C’est un vieux jou-venceau très-mal conservé. Il n’est pas Prussien, aucontraire, il est Autrichien, né à Prague, où il possèdedans le quartier hébreu deux grandes maisons assezpropres; aussi à Vienne, dit-on, il possède une propremaison, et il est encore en outre réputé assez riche.Il n’a donc pas besoin de composer, comme dirait lavieille Mosson, la belle-mère du grand Giacomo Meyer-beer. Mais par prédilection pour l’art, il négligea sesaffaires commerciales, s’occupa de musique, et composade bonne heure un opéra, qui, grâce à une noble persé-vérance, arriva sur la scène et y fut représenté une foiset demie. De même qu’à Prague, le \ieux de Sauers’efforça aussi à Vienne de mettre en relief ses talents,mais la clique engouée de Mozart, de Beethoven etde Schubert ne le laissa pas percer; on ne le compritpas, ce qui s’explique peut-être par son baragouin bohé-mien et par une prononciation nazillarde de l’allemand,qui rappelle des œufs pourris. Peut-être aussi on lecomprenait, et c’est justement pour cela qu’on ne voulaitpas en entendre parler. Pour surcroît de maux, il souf-frait d’un mal mystérieux dans les intestins de son