LUTÈCE. 309
vent d’influences extérieures et intérieures. Je n’aientendu personne jouer mieux, mais aussi par momentspis, que Paganini, et je puis dire la même chose àl’éloge d’Ernst. Ce dernier, Ernst, qui est sans doute leplus grand violoniste de nos jours, ressemble à Paga-nini dans ses défauts, comme dans son génie. L’absenced’Ernst causa bien des regrets ici cet hiver. SignorSivori n’offrait qu’une simple compensation, mais nousl’avons néanmoins entendu avec beaucoup de plaisir.Comme il est né à Gènes, et que dans son enfance il apeut-être souvent rencontré Paganini dans les étroitesrues de sa ville natale, où il est difficile de s’éviter,on l’a proclamé ici comme un disciple de ce maître.Non, Paganini n’eut jamais de disciple, il n’en pouvaitpoint avoir, car ce qu’il savait de meilleur, ce qui formele degré le plus élevé de l’art, on ne peut l’enseigner nil’apprendre.
Qu’est-ce qui forme le degré le plus élevé de l’art?Ce qui forme aussi le degré le plus élevé dans toutes lesautres manifestations de la vie : la liberté de l’esprit quia conscience de lui-même. Non-seulement une pièce demusique, qui a été composée dans la plénitude de cetteconscience de soi-même d’un esprit libre, mais encorela seule exécution d’une semblable pièce peut être re-gardée comme la révélation de ce qu’il y a de plus élevédans l’art, si nous en sommes touchés comme de cemerveilleux souffle de l’infini, qui atteste d’une façonimmédiate que l’exécutant se trouve avec le composi-