310
ŒUVRES DE HENRI HEINE.
leur sur la môine hauteur de l’esprit, qu’il est égalementun esprit libre. Mais, cette conscience de la liberté d’es-prit dans l’art se manifeste tout particulièrement par laforme, par la manière dont le sujet est traité, nullementpar le sujet lui-même, et nous pouvons au contraire sou-tenir que les artistes qui choisissent pour sujet la libertéelle-même, ou la conquête de la liberté, sont ordinaire-ment d’un esprit rétréci, engourdi, enfin dépourvuseux-mêmes de toute liberté spirituelle. Cette observationse confirme de nos jours surtout dans la poésie alle-mande, où nous voyons avec effroi que les chantres lesplus effrénés et les plus hardis de la liberté, ne sont,pour la plupart, à les regarder de près, que des naturesbornées, mesquines, étriquées, des philistins du passédont la vieille queue est mal cachée sous le bonnetrouge, des insectes éphémères dont le poëte dirait :
Piètres mouches enragées!
Comme elles bourdonnent avec colère !
Comme elles dégouttent sur le nez des tyrans
Leur petite fiente de mouches !
Les poètes véritablement grands ont toujours traitéles grands intérêts de leur temps autrement que dansdes articles politiques rimés, et ils se sont peu souciésde voir la foule servile dont le manque de culture leurrépugne, élever contre eux le reproche d’aristocratismeet de manque de caractère.