29t> ŒUVRES DE HENRI HEINE.
plus simple fils de la roture. Après la chute de l’empe-reur, le brave homme revint, avec des cheveux gris,mais avec un cœur invariablement jeune, dans sa patrie,où il prit une mine si altière et si nobiliaire, et porta denouveau le nez si haut, qu’on eût dit qu’il n’avait jamaismanié l’alène ou l’aiguille. C’est une erreur de prétendreà l’égard des émigrés, qu’ils n’avaient rien appris et rienoublié; au contraire, ils avaient oublié tout ce qu’ilsavaient appris. Les héros de la période guerrière deNapoléon, lorsqu’ils furent congédiés ou mis à la demi-solde, se jetèrent également avec la plus grande habiletédans les occupations industrielles de la paix, et chaquefois que j’entrais aux bureaux de mon éditeur Delloye,je ne pouvais assez m’étonner de voir l’ancien colonelassis maintenant en qualité de libraire devant son pu-pitre, entouré de plusieurs vieux grognards à moustachesblanches, qui avaient aussi combattu sous l’empereuren braves soldats, mais qui servaient maintenant chezleur ancien camarade comme teneurs de livres oucaissiers, bref comme commis.
On peut tout faire d’un Français, et chacun d’eux secroit habile à tout. Le plus joyeux poète dramatiquese métamorphose soudain, comme par un coup dethéâtre, en ministre, en général, en fondateur de reli-gions, et même en un bon Dieu. Un remarquableexemple de ce genre nous est offert par les transforma-tions de notre très-cher Charles Duveyrier, qui était undes dignitaires les plus illuminés de l’église de Saint-