LÜTÈCE.
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temps un acquis historique : ils se sont affranchis com-plètement , dans le cours du temps, de toutes préven-tions et pédanteries embarrassantes. De la sorte, ilarriva que les émigrés qui se réfugièrent en Allemagnependant la révolution, surent si bien supporter leurshumbles revirements de fortune, et que beaucoup d’entreeux, pour gagner leur subsistance, furent capables dese créer un métier à l’improviste. Ma mère m’a racontésouvent qu’à cette époque un marquis français s’étaitétabli dans notre ville comme cordonnier, et qu’il faisaitles meilleurs souliers de dames, des bottines de maroquinet des mules de satin; il travaillait gaiement, en sifflantles chansons les plus amusantes, et oubliant toute sonancienne splendeur. Un gentilhomme allemand auraitpeut-être, sous les mêmes circonstances, eu égalementrecours au métier de cordonnier, mais il ne se seraitpas à coup sûr résigné aussi gaiement à son sort de cuir,et il se serait en tout cas mis à confectionner des chaus-sures d’hommes, de lourdes bottes à éperons, des bottesde militaires ou de chasseurs, qui pussent lui rappelerson ancien état de chevalier. Quand les Français pas-sèrent le Rhin, notre marquis fut forcé d’abandonner saboutique, et il chercha un refuge dans une autreville, je crois à Cassel, où il devint le meilleur tailleur;oui, sans apprentissage il émigrait ainsi d’un métier aun autre, et y gagnait tout de suite la maîtrise — ce quipourrait paraître incompréhensible à un Allemand, non-seulement à un Allemand de la noblesse, mais aussi au