Druckschrift 
Lutèce : lettres sur la vie politique, artistique et sociale de la France
Entstehung
Seite
282
Einzelbild herunterladen
 

sa défaite au milieu de Londres. De la même façonil pourrait encore très-bien advenir que nous vissions sesmirmidons refuser l’obéissance à leur maître. Déjà àcette heure nous remarquons de graves symptômesd’une telle disposition chez les militaires anglais, etdans ce moment cinquante soldats se trouvent empri-sonnés dans la Tour de Londres pour avoir refusé detirer sur le peuple. C’est à peine croyable et c’est pour-tant vrai que des habits rouges anglais n’ont pas obéi àl’ordre de leurs officiers, mais à la voix de l’humanité,quoique leurs reins de héros soient continuellementmenacés de ce fouet qui Rappelle le chat aux neufqueues (the cat of nine laits), et qui est le knout de laGrande-Bretagne, ce fier pays de la liberté et de la civi-lisation ! C’est à fendre le cœur, quand on lit comme lesfemmes couraient en pleurant au-devant des soldats, etleur criaient : « Nous n’avons pas besoin de balles, nousavons besoin de pain. » Les hommes croisaient les brasavec résignation, et disaient : « C’est la faim qu’il fau-drait exterminer, non pas nous et nos enfants. » Le crile plus fréquent était : « Ne tirez pas, nous sommes tousfrères! »

Cet appel à la fraternité me fait souvenir des commu-nistes français chez lesquels j’ai quelquefois entendu desemblables locutions. Ces locutions, comme j’eus sur-tout à Lyon l’occasion de m’en convaincre, n’étaientnullement des phrases patliéliques ou fortement colo-rées, elles n’étaient ni piquantes ni originales ; au con-