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Lutèce : lettres sur la vie politique, artistique et sociale de la France
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LUTÎICE.

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rait pas grandpeur, elle se réconcilierait aisément aveccette forme de gouvernement, et elle monterait paisi-blement la garde pour défendre les Tuileries, nimportequun Louis-Philippe ou quun comité du salut public yeût sa résidence ; car la bourgeoisie veut avant toutlordre et la protection des lois de propriété existantes exigences quune république peut satisfaire aussi bienque la royauté. Mais ces boutiquiers pressentent din-stinct , comme je lai dit, que la république ne seraitplus de nos jours lexpression des principes de 89, maisseulement la forme sous laquelle sétablirait un nouveauet insolite régime de prolétaires, avec tous les dogmesde la communauté des biens. Ils sont conservateurs parune nécessité matérielle, non par une conviction intime,et la peur est ici lappui de tout ce qui existe.

Cette peur subsislera-t-elle encore longtemps ? Est-ceque la légèreté nationale ne saisira pas un beau matinles esprits, et entraînera même les plus craintifs dans letourbillon de la révolution? Je ne sais, mais cest pos-sible , et le résultat des élections de Paris indique mêmeque cest probable. Les Français ont la mémoire courte,et oublient jusquà leurs appréhensions les plus fondées.Cest pourquoi ils entrent si souvent en scène commeacteurs, et même comme acteurs principaux, danslimmense tragédie que le bon Dieu fait représenter surterre. Dautres peuples nont leur grande période demouvement, leur histoire, que dans ladolescence, àlâge ils se jettent inexpérimentés dans laction; car