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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
frayeur secrète en pensant à l’invasion de ces voracesbarbares à longue queue. On adressa les instances lesplus respectueuses à la municipalité, et celle-ci ajournaen conséquence la démolition du grand éléphant deplâtre, qui depuis lors resta pendant des années tran-quillement debout sur la place de la Bastille. Singulierpays ! où, malgré la manie générale de destruction, biendes choses mauvaises se conservent, parce que l’oncraint des choses pires qui pourraient les remplacer !Avec combien de plaisir on abattrait Louis-Philippe, cegrand et prudent éléphant, mais on craint le monstre àmille têtes, sa majesté la populace souveraine, quiviendrait alors au gouvernement, et voilà pourquoimême les ennemis nobles et ecclésiastiques de la bour-geoisie, qui ne sont pas justement frappés de cécité,cherchent à conserver le trône de Juillet ; seulement lesplus bornés parmi les aristocrates et le clergé, certainsjoueurs qui jouent au hasard ou au plus habile, spé-culent sur le pessimisme, sur la république, ou plutôtsur le chaos qui surgirait pendant ou après la république.
La bourgeoisie de France elle-même est possédée dudémon de la destruction, et bien qu’elle ne redoute pasprécisément la république, elle a cependant une peurinstinctive du communisme, de ces sombres compa-gnons qui, semblables à des rats, sortiraient en fouleenvahissante des débris du régime actuel. Oui, d’unerépublique dans l’ancien genre, même d’un peu de ter-rorisme à la Robespierre, la bourgeoisie française n’au-