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Lutèce : lettres sur la vie politique, artistique et sociale de la France
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CE U VUES DE HENRI HEINE.

sant incommodé par l’intervention armée de l’Etat. Oui,cette constante participation de la police aux plaisirsdu peuple est un singulier abus, et tout étranger s’étonneen remarquant dans les bals publics, à côté de chaquequadrille, plusieurs agents de la préfecture ou gardesmunicipaux qui surveillent d’un air soucieux et refrognéla moralité dansante. Il est presque inconcevable com-ment le peuple peut conserver, sous une aussi honteuseinspection, sa gaieté rieuse et son fol engouement pourla danse. Mais la légèreté française fait justement sesplus joyeuses gambades quand elle est enserrée dans lacamisole de force; et bien que l’œil sévère de la policeempêche que le cancan soit dansé d’une façon franche-ment cynique, les danseurs des bastringues n’en saventpas moins révéler leurs pensées prohibées par toutesorte d’entrechats ironiques, par les gestes les plus plai-sants d’une décence exagérée, et la sensualité voiléeapparaît alors plus dévergondée que la nudité elle-même. A mon avis, la moralité publique ne gagne pasgrand’chose à voir le gouvernement morigéner la dansedu peuple avec tant d’ostentation; les fruits défendustentent toujours le plus vivement, et les expédients raf-finés et souvent spirituels qu’on emploie pour éluder lacensure chorégraphique, produisent un effet plus perni-cieux que la brutalité permise. Cette surveillance desébats populaires caractérise d’ailleurs l’état des chosesdans ce pays, et montre jusqu’où Jes Français ont réussià conquérir la liberté.