plus amuser l’autre, et cet égoïsme se manifeste aussidans la danse de la société actuelle.
Les classes inférieures, quelque plaisir qu’ellestrouvent à singer le beau monde, n’ont cependant pasencore pu se résigner à cette danse apparente del’égoïsme ; leur danse a encore de la réalité, mais mal-heureusement une réalité trop décolletée. Je sais àpeine comment exprimer l’étrange sentiment de tris-tesse qui mp saisit chaque fois que dans les lieux dedivertissements publics, surtout en temps de carnaval,je regarde le peuple qui danse. Là, une musique exa-gérée, bruyante et aiguë, accompagne des danses quifrisent plus ou moins le cancan. J’entends m’adresser laquestion : Qu’est-ce que le cancan? Grand Dieu, on ventque je donne pour la Gazette d’Augsbourg une définitiondu cancan ! Eh bien, soit ! Le cancan est une danse quine s’exécute jamais dans une société honnête, maisseulement dans des locaux peu convenables où le mon-sieur qui le danse, ou la dame par laquelle il est dansé,se voit aussitôt empoigner par un sergent de ville etflanquer à la porte. Je ne sais si cette définition expliquesuffisamment cette chose scabreuse, mais il n’est pasnon plus nécessaire qu’on sache exactement en Alle-magne ce que c’est que le cancan des bals publics àParis. On comprendra toujours par cette définition quela vertu recommandée et prônée par feu Vestris n’estpas absolument de rigueur dans l’exécution de cettedanse, et puis que le peuple français est même en dan-