Druckschrift 
Lutèce : lettres sur la vie politique, artistique et sociale de la France
Entstehung
Seite
238
Einzelbild herunterladen
 

mcnl, feu le grand Vestris me vint à la mémoire, etcomme par inspiration je compris tout à coup la signLfication profonde de ces mots : « Un grand danseur doitêtre vertueux. »

Je ne puis vous rapporter que peu de chose des balsde société de cette année, car jai honoré jusquàprésent peu de soirées de ma présence. La pâle mono-tonie de ces soirées a déjà depuis longtemps commencéà mennuyer, et je ne comprends pas comment unhomme peut lendurer à la longue. Pour les femmes,je comprends cela parfaitement. A leurs yeux, la toi-lette dont elles peuvent faire parade est la chose essen-tielle. Les préparatifs du bal,le choix de la robe, lespetits soins de lajustement, larrangement de la coif-fure, le sourire dessai devant la glace, bref, la parureet la coquetterie sont pour elles l'affaire principale etleur procurent lamusement le plus délicieux. Mais pournous autres hommes qui ne mettons quun disgracieuxhabit noir et des souliers (les terribles souliers ! ) pournous une soirée nest quune inépuisable source dennui,entremêlée de quelques verres de lait damande et dejus de framboises. Je ne veux pas parler du tout de lacharmante musique. Ce qui rend les bals du grandmonde encore plus ennuyeux quils ne devraient lêtreà bon droit, cest la mode dominante de ne danserquen apparence, de nexécuter quen marchant lesfigures prescrites, de mouvoir les pieds dune façon toutà fait indifférente et presque maussade. Aucun ne veut