Paris, 24 janvier 1843.
Dans l’arène parlementaire nous vîmes de nouveauces jours-ci un brillant duel entre Guizot et Thiers, cesdeux hommes dont les noms sont dans toutes lesbouches et donnent matière à des rabâcheries inces-santes qui à la longue deviennent fastidieuses. Jem’étonne que les Français n’aient pas encore perdu pa-tience d’entendre sans cesse, depuis plusieurs années,bavarder du matin au soir sur le sujet de ces deux per-sonnages. Mais, au fond, il ne s’agit pas ici de personnesmais de systèmes, systèmes qui doivent être débattuspartout où l’existence d’un État est menacée du dehors,partout, en Chine aussi bien qu’en France. Il n’y a quela différence qu’on nomme ici Thiers et Guizot, ce quilà, en Chine, s’appelle Lin et Keschen. Le premier est leThiers chinois, le représentant du système de guerre,système qui devait détourner le danger imminent parla force des armes ou peut-être seulement par uneffrayant cliquetis d’armes. Keschen, au contraire, estle Guizot chinois, il représente le système de paix, et ilaurait peut-être réussi par une condescendance prudenteà éconduire poliment du pays les barbares aux cheveuxroux, si le parti du Thiers chinois n’avait pas eu le dessusà Péking. Pauvre Keschen ! justement parce que nousétions si éloignés de la Chine, la fleur du milieu, nous