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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
chaîne session, l’obélisque aussi bien que Guizot, qui aavec lui une certaine ressemblance, celle-ci, par exemple,qu’il ne se trouve pas non plus à sa véritable place. Oui,tous deux ne se trouvent pas à leur véritable place, ils ontété arrachés de leur sphère et transplantés violemmentdans un voisinage sans rapport avec leur nature. Le pre-mier, l’obélisque, s’élevait jadis à l’entrée d’une allée decolonnes énormément larges et ornées de chapiteauxde lotus, qui mène au temple de Luxor, temple gigan-tesque qui a l’air d’un immense cercueil et qui contientla sagesse éteinte du monde primitif, des cadavres des-séchés de rois, la mort embaumée. A côté de l’obélisques’élevait son frère jumeau, de la même forme pyrami-dale et du même granit rouge, et avant d’arriver auprèsd’eux, on traversait une double rangée de sphinx, bêtesénigmatiques et silencieuses, animaux à tête humaine,doctrinaires de la vieille Égypte. Certes, un semblableentourage convenait bien mieux à l’obélisque que celuidont on l’a gratifié sur la place Louis XV, cette place laplus moderne du monde, place où le temps modernecommença véritablement et fut séparé de force du tempspassé parla hache fatale du 21 janvier. Est-ce que legrandobélisque tremblerait et chancellerait réellement, d’hor-reur de se trouver sur un sol aussi impie, lui qui, pourainsi dire, comme un Suisse de pierre en livrée hiérogly-phique, montait la garde pendant trois mille ans devantles portes sacrées des tombeaux des Pharaons, dansl’empire absolu des momies ? Tout au moins, il se trouve