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ŒUVRES PE HENRI HEINE.
pêcheurs qui, pour gagner leur chétive subsistance dujour, s’apprêtent, en dépit du vent et de l’intempérie dela saison, à une excursion dans la mer Adriatique.Femmes et enfants et la vieille grand’mère les suiventdes yeux avec une douloureuse résignation—touchantescréatures, dont l’aspect éveille dans nos cœurs toutesorte de pensées contraires aux ordonnances de la police.Ces êtres infortunés, serfs de la pauvreté, sont con-damnés à vie aux plus dures peines et privations, et ilss’étiolent dans une indigence et une tristesse sans espé-rance. Une malédiction navrante est peinte sur cettetoile, et le peintre, aussitôt qu’il l’eut finie, se coupa lagorge. Pauvre peuple ! pauvre Robert! — Oui, de mêmeque les Moissonneurs de ce maître sont l’ouvrage de lajoie, qu’il conçut et exécuta à Rome sous le brillantsoleil de l’amour, de même il fit se refléter dans sesPêcheurs toutes les pensées de suicide et les brumesd’automne qui accablèrent son âme pendant son séjourdans la ville déserte de Venise. Autant le premier ta-bleau nous égaie et nous ravit, autant ce dernier nousremplit de courroux révolutionnaire : là, Robert a peintle bonheur de l’humanité, ici la misère du peuple.
Je n’oublierai jamais le jour où je vis pour la pre-mière fois l’original des Pêcheurs de Robert. Commed’un coup de foudre tombé d’un ciel sans nuages, nousfûmes subitement frappés de la nouvelle de sa mort; etson œuvre qui arriva en même temps ne pouvant plusêtre exposée au salon déjà ouvert, le propriétaire de