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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
quelles la sévère déesse a déjà tracé son jugement.Seulement dans le choix des expressions et dans l’in-tonation adoucissante et mitigeante, se manifestait par-fois la tendance louangeuse, qui est le devoir tradi-tionnel de l’académicien. Et puis, Mignet est en mêmetemps homme d’État, et il devait, avec une prudencecirconspecte, avoir égard aux affaires du jour, en dis-cutant le temps récemment passé. C’est une tâche sca-breuse, de décrire la tempête à peine calmée, pendantque nous ne sommes pas encore arrivés au port. Le vais-seau d’Etat français n’est peut-être pas encore aussi soli-dement amarré et abrité que le bon Mignet se le figuredans la pastorale quiétude de son âme. Non loin del’orateur, sur un des bancs en face de moi, j’aperçus'M. Thiers, et son sourire fut pour moi très-significatifaux endroits où Mignet parlait avec une trop grandesatisfaction de la consolidation définitive des institutionsmodernes : c’est ainsi que sourit Eole, quand le beairDaphnis souffle dans son chalumeau paisible au calmerivage de la mer !
Vous aurez sans doute sous peu l’occasion de voir enentier le discours de Mignet, et l’abondance des chosesqu’il contient vous réjouira certainement alors ; maisjamais la simple lecture ne peut remplacer l’impressionvive qu’un orateur tel que Mignet produit par son cha-leureux débit; c’est une musique de pensées qui sesuivent, liées entre elles par des guirlandes de fleurs derhétorique. J’entends toujours résonner dans ma rué-