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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
par désespoir, les Parisiens se précipitent dans le tour-billon bruyant des plaisirs. L’Allemand boit pour sedébarrasser du fardeau accablant des soucis; le Françaisdanse, la valse enivrante et le galop étourdissant. Ladéesse de la légèreté aimerait à chasser par ses jeuxtoute tristesse et tout sérieux de l’âme de ses favoris,les Parisiens, mais elle n’y réussit pas; dans les inter-valles du quadrille, Arlequin chuchotte à l’oreille de sonvoisin Pierrot : « Pensez-vous que nous aurons à nousbattre au printemps? » Même le vin de Champagne estimpuissant et ne parvient qu’à griser les sens, l’espritrésiste à ses caresses, et parfois au milieu du plus joyeuxbanquet, les convives pâlissent, la parole expire surleurs lèvres; ils se jettent l’un à l’autre des regardseffrayés; — sur la muraille ils voient les mots : Mane,Thecel, Phares!
Les Français ne se dissimulent pas le danger de leursituation, mais le courage est leur vertu nationale. Et aubout du compte, ils savent à merveille que l’héritage deleurs pères, les biens politiques que ceux-ci ont conquispar leur intrépidité et leur bravoure guerrière, ne peutpoint être conservé par une indolente patience et unehumilité chrétienne. Même Guizot, le ministre si décriépour être trop indulgent envers l’étranger, n’est nulle-ment disposé à maintenir la paix à tout prix. Il est vraique Guizot oppose une résistance inébranlable auxagressions du radicalisme, mais je suis convaincu qu’ilrésisterait aussi résolùmeut à des empiétements tentés