ŒUVRES I>E HENRI HEINE.
que tout le peuple français, si on le presse un peu troufort, ne reprenne ce bonnet phrygien qui pourrait encorebien plus que le petit chapeau à trois cornes du bona-partisme lui échauffer la tête ! Je serais tenté de sou-lever ici la question, à quel point les forces destructivesqui obéissent à ce vieux talisman rouge en France,seraient en état d’ensorceler aussi les esprits à l’étranger?Il serait très-important d’examiner de quelle portéeactive sont les puissances occultes de ce sortilège dontla presse française chuchotait d’une façon si mysté-rieuse et si inquiétante, et qu’elle nommait « propa-gande» ? Pour des raisons faciles à deviner, il faut queje m’abstienne de tout examen semblable, et je ne mepermettrai qu’une indication parabolique au sujet decette propagande dont on a tant parlé. Il vous est connuqu’en Laponie il règne encore beaucoup de paganisme,et que les Lapons qui veulent se mettre en mer, serendent auparavant chez un sorcier, à l’effet d’acheterle vent nécessaire pour leur navigation. Le sorcier leurdélivre un mouchoir dans lequel il y a trois nœuds.Aussitôt qu’on est en mer et qu’on ouvre le premiernœud, l’air s’agite et il souffle un vent favorable. Si l’ondéfait le second nœud, il se produit déjà un bien plusfort ébranlement de l’air, et un vent fougueux commenceà rugir et à hurler. Mais si l’on dénoue le troisièmenœud, la tempête la plus furieuse s’élève et fouette lamer bouillonnante, et le navire craque et s’abîme avectout ce qu’il contient. Quand le pauvre Lapon vient