férences avec le directeur de l’Opéia, avec les chanteurs,les danseurs, le chef de la claque, les journalistes; ilcourt du matin au soir avec ses grosses bottes graisséesd’huile de baleine sans sous-pieds chez tous les rédac-teurs de journaux, pour leur faire agréer quelqueréclame en faveur des prétendus opéras du grandmaestro, et son zèle infatigable fait l’étonnement de toutle monde. —
Quand signor Spontini me communiqua cette hypo-thèse , je fus forcé de convenir qu’elle était bien ingé-nieuse, et ne manquait pas complètement de probabilité.En effet, bien que l’extérieur rustique de ce brave ethonnête M. Gouin, sa figure hébétée et rusée à la fois,surtout son front déprimé, garni de cheveux noirs etcrasseux, rappelle un éleveur de bestiaux ou un négo-ciant en cochons plutôt qu’un artiste inspiré, il y acependant dans sa conduite plus d’une particularité denature à faire réfléchir, et je comprends qu’on pourraitbien le soupçonner d’être l’auteur des opéras deMeverbeer. Il lui arrive parfois de nommer Robert leDiable ou les Huguenots « notre opéra. » Quelquefois illui échappe des locutions comme celles-ci : « nous avonsaujourd’hui une répétition» — «nous avons à abrégerun air. » Il est singulier aussi que M. Gouin 11e manqueaucune représentation de ces opéras ; et lorsqu’onapplaudit un air de bravoure, il s’oublie tout à fait,jusqu’à s’incliner de tous côtés comme s’il voulait remer-cier le public. J’avouai tout cela au furieux Italien, mais