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Lutèce : lettres sur la vie politique, artistique et sociale de la France
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dans sa maison que parce quelle en était trop impor-tunée.

Pendant longtemps, comme je lai dit tout à lheure,Alfred de Musset fut ladorateur de George Sand. Quelsingulier effet du hasard, que justement le plus grandpoète en prose que possèdent les Français, et le plusgrand de leurs poètes en vers qui vivent actuellement(en exceptant lincomparable et divin Béranger) aientpendant longtemps bridé lun pour lautre dun amourpassionné. Ces deux têtes couronnées de lauriers for-maient un bien beau couple.

George Sand pour la prose et Alfred de Musset pourles vers, surpassent en effet leurs contemporains fran-çais, et dans tous les cas ils sont supérieurs à M. VictorHugo, cet auteur si vanté, qui, avec une persévéranceopiniâtre et presque insensée, a fait accroire à ses com-patriotes, et à la fin à lui-même, quil était le plus grandpoète de la France. Est-ce réellement son idée fixe? Entout cas, ce nest pas la nôtre. Chose bizarre! la qualitéqui lui manque surtout, est justement celle que lesFrançais estiment le plus, et dont ils sont particulière-ment doués eux-mêmes. Je veux dire le goût. Commeils avaient rencontré cette qualité chez tous les écrivainsde leur pays, labsence de goût complète chez VictorHugo leur parut peut-être justement de loriginalité. Ceque nous regrettons surtout de ne pas trouver en lui,cest ce que nous Allemands appelons le naturel. VictorHugo est forcé et faux, et souvent dans le même vers