sation, et y recueillir toujours quelque chose, est untrait sur lequel M. Alfred de Musset appela un jour monattention. «Elle a par là un grand avantage sur nousautres, » dit Musset, qui, pendant de longues annéesd’intimité, a eu les meilleures occasions de connaître àfond le caractère de l’auteur de Lélia.
Oui, jamais George Sand ne dit un mot brillant d’es-prit , et elle ne ressemble guère à ses compatriotes sousce rapport. Avec un sourire aimable et parfois singu-lier, elle écoute quand d’autres parlent, et les penséesétrangères qu’elle a reçues et travaillées en elle, sortentde l’alambic de son intelligence sons une forme bienplus riche et précieuse. Elle a l’oreille extrêmementfine. Elle accepte volontiers aussi les conseils de sesamis.
On comprend qu’à cause de la direction peu ca-nonique de son esprit, elle n’ait pas de confesseur;mais comme les femmes même les plus enthousiastesd’émancipation ont toujours besoin d’un guide mascu-lin , d’une autorité masculine, George Sand a pourainsi dire un directeur de conscience littéraire, uneespèce de capucin philosophe nommé Pierre Leroux.Cet excellent homme exerce malheureusement sur letalent de sa pénitente une influence peu favorable, car ill’entraîne dans d’obscures dissertations sur des idées amoitié écloses ; il l’engage à entrer dans des abstractionsstériles, au lieu de s’abandonner à la joie sereine de créerdes formes vivantes et colorées, et d'exercer 1 art pour