50
ŒCVIIKS DE HENRI HEINE.
Milo; elle surpasse même celle-ci par bien des qualités:elle est par exemple beaucoup plus jeune. Les physio-nomistes qui prétendent que c’est la voix de l’hommequi fait le mieux deviner son caractère, seraient fortembarrassés s’ils devaient reconnaître la profonde sensi-bilité de George Sand dans le son de sa voix. Sa voixest mate et voilée, sans aucun timbre sonore, maisdouce et agréable. Le ton naturel de son langage luiprête un charme particulier. Quant à des dispositionspour le chant, il n’y en a pas du tout chez GeorgeSand ; elle chante tout au plus avec la bravoure d unebelle grisette qui n’a pas encore déjeuné, ou qui,pour toute autre raison, n’est pas en voix pour le mo-ment.
Aussi peu que par son organe, George Sand brillepar sa conversation. Elle n’a absolument rien de l’es-prit pétillant des Françaises, ses compatriotes, maisrien non plus de leur babil intarissable. Cette sobriétéde paroles n’a cependant pas pour cause la modestie,ni un intérêt sympathique et profond pour son interlo-cuteur. Elle est taciturne plutôt par orgueil, parcequ’elle ne vous croit pas dignes de la faveur de vousprodiguer son esprit: ou bien même elle l’est parégoïsme, parce qu’elle cherche à absorber en elle-même les meilleures de vos paroles, afin de les laisserfructifier dans son âme et de les employer plus tarddans ses écrits. Cette particularité, chez George Sand.,de savoir, par avarice, ne rien donner dans la conver-