do se produire sur la scène. On connaît donc rarementici le point précis où l’actrice et la courtisane échangentleur rôle, où la comédie cesse pour céder le pas à lanature, et où le pathétique alexandrin de six pieds seperd dans la débauche quadrupède. Les femmes decette espèce, les amphibies de l’art et du vice, ces Mé-lusines des bords de la Seine, forment à coup sûr lapartie la plus dangereuse de la galante Lutèce, où tantde ravissants monstres exercent leurs séductions irrésis-tibles.
Malheur à l’adolescent inexpérimenté qui tombe dansleurs filets! Malheur aussi à l'homme expérimenté quisait très-bien que la jolie sirène se termine par uneaffreuse queue de poisson, mais qui néanmoins ne peutse défendre de céder à ses enchantements. Peut-êtremême à cause de la volupté secrète attachée aux fris-sons de la peur, le malheureux est-il d’autant plus sûre-ment ensorcelé par le charme fatal, et entraîné dansl’attrayant abîme, dans sa ruine délicieuse.
Les femmes dont je parle ne sont pas méchantes oufausses, elles ont même ordinairement très-bon cœur,et au lieu d’être aussi trompeuses et avides qu’on lescroit, elles sont parfois les créatures les plus dévouéeset les plus généreuses ; toutes leurs actions impures ne>proviennent que du besoin momentané, de la gêne oude la vanité; elles ne sont après tout pas pires qued’autres filles d’Ève, qui dès leur enfance, par l’aisanceet la surveillance de leur famille ou par d’autres faveurs