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Lutèce : lettres sur la vie politique, artistique et sociale de la France
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ŒUVRES RE 1IKXIU HEINE.

M. Thiers parle, aucun autre homme ne peut placer unmot, et cest tout au plus, comme on ma dit, pendantles moments il fait sa barbe, quon peut espérer detrouver chez lui une oreille attentive. Seulement, dansles moments il a le couteau sur la gorge, il se tait etécoute les paroles des autres.

Il est hors de doute que le roi, cédant aux demandesde la chambre, chargera M. Thiers de former un nou-veau ministère, et quil lui confiera, outre la présidencedu conseil, le portefeuille des affaires étrangères. Celanest pas difficile à prévoir. Mais on pourrait prédireavec assurance que le nouveau ministère ne sera pas delongue durée, et que M. Thiers donnera lui-même unbeau matin au roi loccasion de le remercier, et dap-peler à sa place M. Guizot. M. Thiers, avec son agilitéet sa souplesse, montre toujours un grand talent quandil sagit de grimper au mât de Cocagne du pouvoir, maisil fait preuve dun talent encore plus grand, quand ilsagit den redescendre, et lorsque nous le croyons per-ché bien sûrement au sommet du grand mât, il se laissetout à coup glisser en bas dune manière si habile, sispirituelle, si gracieuse et si souriante, que nous sommestentés dapplaudir à ce nouveau tour dadresse. M. Gui-zot nest pas aussi adroit à se guinder sur le mât glissantde la puissance. Il y monte si lourdement et avec desefforts si pénibles, quon croirait voir un ours cherchantà se jucher sur un arbre à miel; mais quand une fois ilest arrivé en haut, il sy cramponne solidement avec sa