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Lutèce : lettres sur la vie politique, artistique et sociale de la France
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«lier jouit dune certaine impopularité qui ne déplaîtpas au roi. Mais les allures puritaines de Guizot, sonorgueil toujours aux aguets, son ton tranchant de doc-trinaire et son extérieur âpre de calviniste ne peuventpas exercer un effet attrayant sur le roi. Chez Thiers, ilrencontre les qualités contraires, une facilité de façonspresque légère, une hardiesse dhumeur sans frein etune capricieuse franchise, qui contrastent dune manièrepour ainsi dire offensante avec son propre caractèretortueux et hermétiquement renfermé : de sorte que lesqualités de M. Thiers ne peuvent guère non plus êtreau gré de sa majesté. En outre, le roi aime à parler, ilsabandonne même volontiers à un bavardage intaris-sable, ce qui doit dautant plus nous étonner que lesnatures portées à la dissimulation, sont dordinaireavares de leurs paroles. Il faut donc quil ait surtout deléloignement pour M. Guizot, qui a plutôt lhabitudede disserter que de discourir, et qui, à la fin, quand il aprouvé sa thèse, écoute avec une taciturne sévérité laréponse du roi : il est même capable de faire à sonroyal interlocuteur un signe dapprobation, comme silavait devant lui un écolier qui récite bien sa leçon. Danssa conversation avec M. Thiers, le roi est encore moinsà son aise, car celui-ci ne le laisse pas parler du tout,per,du quil est dans le flux de sa propre faconde. Lesparoles de M. Thiers coulent sans cesse, comme le vindun tonneau dont on aurait laissé ouvert le robinet,mais le vin quil donne est toujours exquis. Quand