parfois trop acariâtre, surtout à l’égard des Anglais;mais l’époque était extrêmement dangereuse, et lesilence aurait été une demi-trahison. Mon animositécontre la perfide Albion, comme on disait autrefois,n’existe plus aujourd’hui où tant de choses ont changé.Je ne suis rien moins que l’ennemi de ce grand peupleanglais qui a su gagner depuis mes sympathies les plusbienveillantes, sinon ma confiance. Mais autant lesAnglais sont des amis sûrs comme individus, autant ilfaut se méfier d’eux comme nation ou pour mieux direcomme gouvernement. Je veux bien faire ici une apo-logie dans le sens anglais du mot, et faire pour ainsi direamende honorable de toutes les diatribes dont j’airégalé le peuple britannique alors que j’écrivis ce livre;ioiais je n’ose pas les supprimer aujourd’hui, car lespassages passionnés que je réimprime avec leur fougueprimitive, servent à évoquer aux yeux du lecteur lespassions dont il ne saurait se faire une idée après lesgrands bouleversements qui ont éteint et engloutijusqu’à nos souvenirs.
Mes lettres de Paris ne vont pas jusqu’à la catastrophedu 24 février, mais on en voit déjà à chaque pagepoindre la nécessité, et elle est présagée constammentavec cette douleur prophétique que nous trouvons dansl’antique épopée, où la conflagration de Troie ne formepas la conclusion, mais pétillé d’avance mystérieuse-ment dans chaque vers de l’Iliade. Je n’ai pas décritl'orage, mais les grosses nuées qui le portaient dans