PREFACE.
XIII
ensorcelé, et si je ne puis réfuter cette prémisse ; « que leshommes ont tous le droit de manger, » je suis forcé de mesoumettre aussi à toutes ses conséquences. En y songeant, jecours risque de perdre la raison, je vois tous les démons dola vérité danser en triomphe autour de moi, et à la fin undésespoir généreux s’empare de mon cœur et je m’écrie :Elle est depuis longtemps jugée, condamnée, cette vieille so-ciété. Que justice se fasse ! Qu’il soit brisé, ce vieux monde,où l’innocence a péri, où l’égoïsme a prospéré, où l’homme aété exploité par l’homme ! Qu’ils soient détruits do fond encomble, ces sépulcres blanchis, où résidaient le mensonge etl’iniquité ! Et béni soit l’épicier qui un jour confectionnera avecmes poésies des cornets où il versera du café et du tabac pourles pauvres bonnes vieilles qui, dans notre monde actuel dol’injustice, ont peut-être dù se passer d’un pareil agrément —fiat justifia, pereat rnundus!
La seconde des deux voix impérieuses qui m’ensorcèlentest plus puissante et plus infernale encore que la première, carc’est celle de la haine, de la haine que je voue à un partidont le communisme est le plus terrible antagoniste, et qui estpour cette raison notre ennemi commun. Je parle du partides soi-disant représentants de la nationalité en Allemagne ,de oes faux patriotes dont l’amour pour la patrie ne consistequ’en une aversion idiote contre l’étranger et les peuples voi-sins, et qui déversent chaque jour leur fiel, notamment contrala France. Oui, ces débris ou descendants des teutomanes do1815, qui ont seulement modernisé leur ancien costume de fousultra-tudesques, et se sont un peu fait raccourcir les oreilles,— je les ai détestés et combattus pendant toute ma vie, etmaintenant que l’épée tombe de la main du moribond, je mesens consolé par la conviction que le communisme, qui les