hommes à qui appartient l’avenir. Cet aveu, que l’avenirappartient aux communistes, je le fis d’un ton d’appréhensionet d’angoisse extrêmes, et hélas! ce n’était nullement unmasque ! En effet, ce n’est qu’avec horreur et effroi que jepense à l’époque où ces sombres iconoclastes parviendront àla domination : de leurs mains calleuses ils briseront sansmerci toutes les statues de marbre de la beauté, si chères àmon cœur ; ils fracasseront toutes ces babioles et fanfreluchesfantastiques de l’art, qu’aimait tant le poète; ils détruirontmes bois de lauriers et y planteront des pommes de terre ; leslis qui ne filaient ni ne travaillaient, et qui pourtant étaientvêtus aussi magnifiquement que le roi Salomon dans toute sasplendeur, ils seront arrachés alors du sol de la société, àmoins qu’ils ne veuillent prendre en main le fuseau ; les roses,ces oisives fiancées des rossignols, auront le même sort; lesrossignols, ces chanteurs inutiles, seront chassés, et hélas !mon Livre des Chants servira à l’épicier pour en faire descornets où il versera du café ou du tabac à priser pour lesvieilles femmes de l’avenir. Hélas ! je prévois tout cela, et jesuis saisi d’une indicible tristesse en pensant à la ruine dontle prolétariat vainqueur menace mes vers, qui périront avectout l’ancien monde romantique. Et pourtant, je l’avoue avecfranchise, ce même communisme, si hostile à tous mes intérêtset mes penchants, exerce sur mon âme un charme dont je nepuis me défendre ; deux voix s’élèvent en sa faveur dans mapoitrine, deux voix qui ne veulent pas se laisser imposersilence, qui ne sont peut-être au fond que des instigations dia-boliques— mais quoi qu’il en soit, j’en suis possédé, et aucun,pouvoir d’exorcisme ne saurait les dompter. ^
Car la première de ces voix est celle de la logique. Le diableest un logicien ! dit le Dante. Un terrible syllogisme me tient