sance du monde, mais aussi de les enregistrer complètementdans ses feuilles comme dans des archives cosmopolites. Ilme fallait donc constamment songer à revêtir de la forme d’unfait tout ce que je voulais insinuer au public, l’événementaussi bien que le jugement que j’en portais, bref, tout ce queje pensais et sentais; et dans ce dessein, je n’hésitais pas àmettre souvent mes propres opinions dans la bouche d’autrespersonnes, ou même je parabolisais mes idées. Voilà pourquoimes lettres contiennent beaucoup d’historiettes et d’ara-besques, dont le sons symbolique n’est pas intelligible pourtout le monde, et qui ont pu paraître aux yeux du lecteur super-ficiel comme un ramassis de jaseries mesquines et de notices degobe-mouches. Dans mes efforts de faire toujours prédominerla forme du fait, il m’importait également de choisir pourmon langage un ton qui me permît de rapporter les chosesles plus scabreuses. Le ton le plus avantageux à cet égardétait celui de l’indifférence, et je m’en servis sans scrupule.Indirectement il y avait aussi moyen de donner plus d’un avisutile et do faire maint redressement salutaire. Les républi-cains qui se plaignent d’une absence de bon vouloir de mapart, n’ont pas considéré que pendant vingt ans, dans toutesmes correspondances, je les ai, en cas d’urgence, défendusassez sérieusement, et que, dans mon livre de Lutèce, jefaisais bien ressortir leur supériorité morale, en mettant con-tinuellement à nu l’outrecuidance ignoble et ridicule et lanullité complète do la bourgeoisie régnante. Ils ont la concep-tion un peu lourde, ces braves républicains, dont j’avais d’ail-leurs autrefois une'meilleurc idée. Sous le rapport de l’intelli-gence, je croyais que leur étroitesse d’esprit n’était que do la'.'issimulation, que la république jouait le rôle d’un JuniusBrutus, afin de rendre par cette feinte imbécillité Ig royauté
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Lutèce : lettres sur la vie politique, artistique et sociale de la France
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