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bien des concessions amères à la brutale nécessité. Il y aassez de petites feuilles obscures où nous pourrions répandrenotre cœur entier avec toutes les flammes de son enthou-siasme et de sa colère— mais ces feuilles n’ont qu’un publictrès-restreint et tout à fait impuissant ; et écrire dans de telsJournaux, vaudrait autant que d’aller pérorer à l’estaminet,devant les habitués du lieu, à l’instar de la plupart de nosgrands politiques et grands patriotes. 11 vaut mieux modérernotre ardeur et nous prononcer avec une retenue sensée,sinon même sous un déguisement quelconque, dans un journalappelé à bon droit la Gazette universelle, et dont les feuillesrépandues dans tous les pays viennent entre les mains debien des milliers de lecteurs. Même dans sa mutilation laplus désolante, la parole peut ici exercer une influence salu-taire; la plus légère indication devient parfois une semenceféconde dans un sol inconnu à nous-mêmes. Si je n’avais pasété animé de cette pensée, je ne me serais jamais infligé l’af-freuse torture d’écrire pour la Gazette universelle d’Augs-bourg. Comme je fus de tout temps entièrement convaincu dela fidélité et de la loyauté de ce noble et bien-aimé ami, monfrère d’armes depuis plus de vingt-huit ans, qui dirige larédaction de la Gazette universelle , j’ai bien pu supporterde sa part les tourments de ces retouches et de ces accommo-dements qu’ont subis mes articles ; — ne voyais-je pas tou-jours devant moi les yeux honnêtes de mon ami, qui semblaitdire à son camarade blessé : « Est-ce que moi, par hasard, jesuis couché sur des roses ? »
En publiant aujourd’hui sous mon nom ces correspondancesque j’avais fait paraître, il y a déjà si longtemps, sans aucunesignature, j’ai bien le droit de réclamer à cette occasion lebénéfice d’inventaire, comme on a l’habitude de le faire pour
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