Druckschrift 
1 (1861)
Entstehung
Seite
376
Einzelbild herunterladen
 

mettre dans les soldats. Que devions-nous faire? Fal-lait-il faire une révolution?

Pour lhonneur de lhumanité, je dois parler ici de lasympathie qui, au dire de ces émigrants, les accueillaitpar toute la France, à chaque station de leur douloureuxtrajet. Les Français ne sont pas seulement le peuple leplus spirituel, mais encore le plus charitable. Les pluspauvres même tâchaient de montrer à ces malheureuxétrangers quelque amitié, les aidaient activement àcharger et décharger les yoitures, leur prêtaient leichaudrons de cuivre pour la cuisine, fendaient le boisavec eux, portaient de leau et prenaient leur part dublanchissage. Jai vu de mes propres yeux une mafe-diante française donner à un pauvre petit Souabe unmorceau de son pain, ce dont je vins la remercier cor-dialement. Il faut encore remarquer que les Français neconnaissent que la misère matérielle de ces gens : ils nepeuvent pas comprendre pourquoi ces Allemands ontquitté leur patrie. Car, lorsque les vexations des hautset puissants seigneurs deviennent tout à fait insuppor-tables aux Français, ou que ceux-ci les trouvent seule-menftrop incommodes, il ne leur prend cependant paslidée de senfuir pour cela: ils préfèrent bien plutôtdonner des passe-ports à leurs oppresseurs : ils les jettentà la porte du pays ils demeurent eux-mêmes fortagréablement; en un mot, ils font une révolution.

Pour moi, il me resta de cette rencontre un profondchagrin, une humeur noire, et dans le cœur, un décou-