372
ŒUVRES DE HENRI HEINE.
et simple tout à la fois; aujourd’hui, la tempête fu-rieuse, demain, le calme caressant; et clans le ciel au-dessus, les blanches caravanes de nuages, gigantesqueset merveilleuses, comme si c’étaient les ombres de cesNormands qui promenaient jadis sur ces eaux leur vieaudacieuse. Sous ma fenêtre s'épanouissaient les planteset les fleurs les plus aimables, des roses qui me regar-daient d’un air amoureux, de rouges œillets aux par-fums modestes et suppliants, et des lauriers qui mon-taient le long du mur jusqu’à moi, et faisaient presqueirruption dans ma chambre, comme une gloire qui nouspoursuit. Oui, jadis je courais, consumé d’amour, aprèsDaphné ; c’est aujourd’hui Daphné qui court après moi,comme une prostituée, et se glisse dans ma chambre àcoucher. Ce que je désirais jadis m’est importun main-tenant; je voudrais vivre en repos, et souhaiterais debon cœur qu’aucun homme ne parlât de moi. Et je vou-lais composer de paisibles chants, et seulement pourmoi, ou tout au plus pour les relire à quelque rossignolcaché. Cela me réussit d’abord ; mon âme fut de nou-veau bercée par l’esprit de poésie. De nobles formesbien connues et des images dorées commençaient àpoindre dans ma mémoire ; je me trouvais aussi rêveur,aussi enivré de visions, ausshenchanté qu’autrefois, etn’avais plus qu’à griffonner tranquillement sur le papierce que je venais de sentir et de penser : je commençais.
Or, chacun sait que, dans une pareille disposition,on ne peut toujours demeurer calme dans sa chambre,