REISEBILDER.
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et qu'on se met souvent à courir la campagne, le cœurgonflé d’enthousiasme e'i les joues brûlantes, sans sesoucier de sentier ni de chemin. C’est ce qui m’arriva;et, sans savoir comment, je me trouvai tout d’un coupsur la grande route du Havre, et, devant moi passaient,hautes et lentes, plusieurs grandes voitures de paysans,chargées de toutes sortes de misérables coffres, decaisses, d’ustensiles à vieilles formes franques, defemmes et d’enfants. Des hommes marchaient auprès;et ma surprise ne fut pas médiocre, quand je les entendisparler... Ils parlaient allemand, dans le dialecte souabe.Je compris tout de suite que c’étaient des émigrants;et, quand je les considérai plus attentivement, un sen-timent soudain me parcourut, tel que je ne l’avais ja-mais éprouvé de ma vie : tout mon sang reflua violem-ment au cœur et frappa la poitrine, comme s’il lui fallaitsortir de mon sein, et sortir le plus promptement pos-sible; mon haleine s’arrêta. Oui, c’était la patrie elle-même qui me rencontrait sur ce chemin; sur ces cha-riots était assise la blonde Allemagne, avec ses yeuxbleu foncé, ses figures confiantes trop réfléchies; et,dans le coin de la bouche, cette déplorable simplicitébornée qui, jadis, m’avait si fort ennuyé et chagriné,mais qui m’affectait en ce moment d’une façon mélan-colique : car si j’avais autrefois, dans les beaux jours dela jeunesse, souvent persiflé avec humeur les sottises etles philistineries nationales, si j’avais eu à vider maintesfois avec la patrie heureuse et engourdie comme un