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1 (1861)
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373
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et qu'on se met souvent à courir la campagne, le cœurgonflé denthousiasme e'i les joues brûlantes, sans sesoucier de sentier ni de chemin. Cest ce qui marriva;et, sans savoir comment, je me trouvai tout dun coupsur la grande route du Havre, et, devant moi passaient,hautes et lentes, plusieurs grandes voitures de paysans,chargées de toutes sortes de misérables coffres, decaisses, dustensiles à vieilles formes franques, defemmes et denfants. Des hommes marchaient auprès;et ma surprise ne fut pas médiocre, quand je les entendisparler... Ils parlaient allemand, dans le dialecte souabe.Je compris tout de suite que cétaient des émigrants;et, quand je les considérai plus attentivement, un sen-timent soudain me parcourut, tel que je ne lavais ja-mais éprouvé de ma vie : tout mon sang reflua violem-ment au cœur et frappa la poitrine, comme sil lui fallaitsortir de mon sein, et sortir le plus promptement pos-sible; mon haleine sarrêta. Oui, cétait la patrie elle-même qui me rencontrait sur ce chemin; sur ces cha-riots était assise la blonde Allemagne, avec ses yeuxbleu foncé, ses figures confiantes trop réfléchies; et,dans le coin de la bouche, cette déplorable simplicitébornée qui, jadis, mavait si fort ennuyé et chagriné,mais qui maffectait en ce moment dune façon mélan-colique : car si javais autrefois, dans les beaux jours dela jeunesse, souvent persiflé avec humeur les sottises etles philistineries nationales, si javais eu à vider maintesfois avec la patrie heureuse et engourdie comme un