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1 (1861)
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ŒUVRES DE HENRI HEINE.

veils fréquents dans la nuit quand mon hôtesse persécu-tait son pauvre époux de sa bizarre jalousie.

Quiconque désirait connaître les situations respectivesde mon hôte et de madame mon hôtesse, navait quàles entendre tous deux quand ils faisaient de la musique.Le mari jouait le violoncelle, et la femme la violedamour; mais elle nobservait pas le mouvement, pré-cédait toujours son mari dune ou deux mesures, et ar-rachait de son malheureux instrument les sons les plusmaigres et les plus criards. Quand le violoncelle gro-gnait, et que la viole glapissait, on croyait entendre ladispute dun couple conjugal, et puis la femme conti-nuait à jouer encore longtemps après que son mariavait fini, comme si elle eut voulu avoir le dernier mot.Cétait une femme grande, mais très-décharnée, rienque la peau et les os, avec une bouche pendillaientquelques fausses dents, un front écrasé, presque pas dementon, et un nez dautant plus long, dont la pointesinclinait comme celle dun bec, et dont elle semblaitquelquefois, quand elle jouait du violon, se servir en guisede sourdine.

Mon hôte était âgé denviron cinquante ans, avait lesjambes fort grêles, une figure pâle et creuse, et de toutpetits yeux verts avec lesquels il clignotait continuelle-ment comme une sentinelle qui a le soleil en face. Ilétait bandagiste de son métier, et anabaptiste de reli-gion ; il lisait très-assidûment la Bible. Cette lecture le