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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
veils fréquents dans la nuit quand mon hôtesse persécu-tait son pauvre époux de sa bizarre jalousie.
Quiconque désirait connaître les situations respectivesde mon hôte et de madame mon hôtesse, n’avait qu’àles entendre tous deux quand ils faisaient de la musique.Le mari jouait le violoncelle, et la femme la viole ’d’amour; mais elle n’observait pas le mouvement, pré-cédait toujours son mari d’une ou deux mesures, et ar-rachait de son malheureux instrument les sons les plusmaigres et les plus criards. Quand le violoncelle gro-gnait, et que la viole glapissait, on croyait entendre ladispute d’un couple conjugal, et puis la femme conti-nuait à jouer encore longtemps après que son mariavait fini, comme si elle eut voulu avoir le dernier mot.C’était une femme grande, mais très-décharnée, rienque la peau et les os, avec une bouche où pendillaientquelques fausses dents, un front écrasé, presque pas dementon, et un nez d’autant plus long, dont la pointes’inclinait comme celle d’un bec, et dont elle semblaitquelquefois, quand elle jouait du violon, se servir en guisede sourdine.
Mon hôte était âgé d’environ cinquante ans, avait lesjambes fort grêles, une figure pâle et creuse, et de toutpetits yeux verts avec lesquels il clignotait continuelle-ment comme une sentinelle qui a le soleil en face. Ilétait bandagiste de son métier, et anabaptiste de reli-gion ; il lisait très-assidûment la Bible. Cette lecture le