RF.ISEBILDER.
suivait dans ses rêves nocturnes, et le matin,en prenantle café, il clignotait avec ses petits yeux, et racontait à safemme comment il avait été favorisé, comment les plussaints personnages l’avaient honoré de leur entretien,comme quoi il s’était même trouvé en sainte sociétéde sa majesté le Très-Haut, et comment toutes lesfemmes de l’Ancien Testament l’avaient traité avec lesattentions les plus amicales et les plus délicates. Ce der-nier point déplaisait à mon hôtesse, et elle manifestasouvent sa jalouse mauvaise humeur à propos du com-merce nocturne de son mari avec les femmes de l’AncienTestament. Si c’était encore, disait-elle, la chaste mèreMarie, ou la vieille Marthe, et même passe encore pourla Madelaine, puisqu’elle s’est amendée...; mais la fré-quentation nocturne des filles ivrognesses de Loth , devotre belle madame Judith, de cette coureuse de reinede Sabah, et autres femelles équivoques, cela ne se peutsupporter. Mais rien n’égala sa fureur, quand un matinson mari, dans le débordement bavard de sa béatitude,lui fit une peinture enthousiaste de la belle Esther, quil’avait prié de l’assister à sa toilette, parce qu’elle vou-lait, par la puissance de ses attraits, gagner à la bonnecause le roi Ahasvérus. Ce fut en vain que le pauvrehomme l’assura que M. Mardochée lui-même l’avait in-troduit auprès de sa belle pupille, que celle-ci était déjàà moitié habillée, qu’il n’avait fait que lui peigner seslongs cheveux noirs... Ce fut en vain ! La femme irritéebattit le pauvre homme avec ses propres bandages, lui