326
ŒUVRES DE HENRI HEINE.
fondu ? Là, aucune fricassée ne nous sourit, aucun vol-au-vent léger ne vous trompe, aucun ragoût ne mi-naude; là rien de la coquetterie de ces mille soufflés,étouffés, sautés, fritures, suprêmes piquants, croquettesfarcies, soufflés déclamatoires, de ces crèmes sentimen-tales que nous trouvons chez les restaurateurs français,et qui offrent la plus grande ressemblance avec les bellesFrançaises elles-mêmes. Ne nous arrive-t-il pas souventde remarquer chez celles-ci que le fond principal n’estque l’accessoire, que le poisson a souvent moins de va-leur que la sauce, et que le goût, la grâce, l’éléganceet l’assaisonnement passent ici avant tout? Et la cuisinegras-doré de l’Italie, ses plats passionnément épicés,fantasquement garnis, languissamment idéals, neportent-ils pas tout à fait le caractère des belles Ita-liennes? Oh ! que de fois je soupire après les stuffati etles zampetti lombards, après les fegatelli, les tagliariniet les broccoli de la bienheureuse Toscane ! Tout nagedans Thuile, mollement et délicatement, et fredonne lesdouces mélodies de Rossini, et pleure de jus d’ognon etde sentiment. Mais il faut manger le macaroni avec lesdoigts, et alors il s’appelle Béatrice !
Je ne pense que trop souvent à l’Italie, et le plus sou-vent pendant la nuit. Je rêvai avant-hier que je me trou-vais en Italie, que j’étais un arlequin bariolé, couché dela manière la plus paresseuse sous un saule pleureur.Mais les branches pendantes de ce saule étaient du ma-caroni tout pur qui me tombait dans la bouche. Entre