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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
Ils portent un feu sombre dans le sein, et vont contrevent et marée. Leur pavillon de fumée flotte comme lenoir panache du chevalier nocturne, leurs roues sontcomme de gigantesques éperons dont ils aiguillonnentla mer dans le flanc de ses vagues, et l’élément rebelleet écumant doit obéir à leur volonté comme un coursier.— Mais souvent la chaudière éclate, et l’incendie inté-térieur nous consume.
Mais je veux quitter la métaphore, et m’embarquersur un bâtiment véritable qui fait la traversée de Ham-bourg à Amsterdam. C’était un navire suédois qui avaitchargé, en outre du héros de cette histoire, du fer enbarres, et devait probablement faire son retour à Ham-bourg avec un chargement de stockfisch, ou bien en-core porter des hiboux à Athènes.
Jamais je n’oublierai ce premier voyage sur mer. Magrand’tante m’avait redit une foule de contes maritimesqui surnagèrent tous alors dans ma mémoire. Je pouvaisrester des heures entières assis sur le pont, et penseraux vieilles histoires, et quand les vagues murmuraient,je croyais entendre parler ma grand’tante. Quand jefermais les yeux, je la voyais elle-même assise devantmoi, avec sa dent solitaire dans sa bouche, et elle re-muait vivement les lèvres, et racontait l’histoire du Hol-landais volant.
J’aurais bien voulu voir les fées des eaux qui sontassises sur des écueils, et peignent leur chevelure verte:mais je ne pus que les entendre chanter.