V
Ce fut par un bien beau jour de printemps que jequittai la ville de Hambourg. Je vois encore les rayonsdorés du soleil se jouer dans le port sur les flancs gou-dronnés des navires, et j’entends encore le joyeu hoihofcadencé des matelots. Un semblable port, au printemps,a beaucoup de ressemblance avec le cœur d’un jeunehomme qui entre dans le monde, et se lance pour lapremière fois dans la haute mer de la vie. Ses penséessont encore pavoisées de toutes couleurs; la téméritéenlle toutes les voiles de ses désirs, hoilio! Mais bientôts’élèvent les tempêtes, l’horizon s’assombrit, la bour-rasque hurle, les planches craquent, les lames brisent legouvernail, et le pauvre bâtiment se brise sur des écueilsromantiques ou s’échoue sur une grève sèchement pro-saïque , ou bien encore, disjoint et fracturé, avec sesmâts coupés, et sans une seule ancre d’espérance, rentredans le vieux port et y pourrit, tristement dégréé commeune misérable carcasse.
Mais il y a aussi des hommes qu’il faut comparer, nonaux batiments ordinaires, mais aux bâtiments à vapeur.